Royaume-Uni : qui est Andy Burnham, futur successeur de Keir Starmer ?
Avant même que la démission de Keir Starmer ne soit devenue effective avec son annonce, lundi 22 juin, la presse avait déjà désigné son successeur : Andy Burnham. Pourtant, si celui-ci n’a pas caché qu’il était candidat au poste, le calendrier retenu par l’actuel Premier ministre ne prévoit la nomination d’un nouveau chef du Parti travailliste que début juillet et son départ du 10 Downing Street n’interviendrait qu’à la mi-juillet.
Burnham comme une évidence
Mais qu’importe, les observateurs, toutes tendances confondues, s’accordent pour voir en Andy Burnham l’héritier. La haute probabilité est devenue évidente après que celui-ci est redevenu député après avoir emporté, haut la main, le siège de Markerfield lors de la législative partielle du 18 juin dernier. Avec 54,8 % des voix, contre 34,5 % et 6,8 % aux candidats souverainistes de Reform UK et Restore Britain, Andy Burnham a obtenu une victoire très nette qui a sans nul doute convaincu les indécis qu’il est bien l’homme de la situation, et probablement aussi Keir Starmer qu’il était temps de raccrocher.
Pour Le Monde, qui a sans doute le nez creux sur ce coup-là, il y a aussi dans le curriculum vitæ de Starmer quelques points noirs qui peuvent l’avoir décidé à partir, dont un particulièrement gênant : « La nomination très mal avisée de Peter Mandelson au poste d’ambassadeur du Royaume-Uni aux États-Unis, en 2025, lui a fait perdre la confiance de son groupe parlementaire », car « cet ancien ministre de Tony Blair avait déjà une réputation toxique et son amitié au long cours avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein était connue ».
La presse, anglaise comme européenne, a donc déjà adoubé Andy Burnham, hésitant cependant bien souvent à trancher sur son statut : homme providentiel ou candidat par défaut. Constatant qu’il est aujourd’hui « l'homme politique le plus populaire du parti » au pouvoir, le quotidien italien Il Fatto Quotidiano considérait, dès le 15 mai, qu’il était « le candidat le plus susceptible de succéder à Starmer, devant Wes Streeting, Angela Rayner et Ed Miliband ». Depuis, aucun des trois n’a fait acte de candidature et le plus en pointe, Wes Streeting, a même fait savoir qu’il se rangeait derrière Andy Burnham. Lequel devrait donc l’emporter par défaut. Car pour ce qui est de son statut « providentiel », les médias restent tous très prudents, même si l’on sent que leur coloration politique incite certains à espérer qu’il l’est.
Flou par prudence ?
Son émergence au sein du Labour aura cependant tardé à se concrétiser. Andy Burnham n’est pas un perdreau de l'année, et Le Figaro rappelle qu’il « s’est déjà lancé dans la course pour diriger le Labour. Ce fut d’abord en 2010, mais Ed Miliband avait gagné », puis une nouvelle fois « en 2015, mais la compétition avait vu la victoire du très à gauche Jeremy Corbyn ».
Où le situer idéologiquement, au sein du Labour ? « Aujourd'hui, Burnham se présente comme un homme politique plus à gauche que Starmer, bien que son programme reste encore flou », note Politico Pologne. Un avis partagé par le Hongrois Telex, qui le voit en « caméléon charismatique ». Le média germanique Tagesschau remarque que « Burnham dégage quelque chose que le Premier ministre a perdu depuis longtemps ». Ce « quelque chose », c’est l’empathie, l’écoute, la proximité avec un peuple britannique pour le moins méprisé. Une attitude, une image, oui, qui va bien avec le « catho de gauche » (oui, il est d’une famille catholique) qu’est Andy Burnham. Mais cela fait-il un programme ?
Le manchersterisme
Burnham a pourtant une sorte de doctrine, qu’il nomme lui-même le « manchesterisme », en référence à son action comme maire du Grand Manchester, dont il propose d’appliquer le principe pour l’Angleterre. « Le "manchestérisme" peut-il rendre la Grande-Bretagne grande à nouveau ? », s’interroge Politico. Rappelant un peu le blairisme (Andy Burnham a été ministre de Tony Blair), le « manchesterisme » signifierait « la fin du néolibéralisme, la fin de l’économie du ruissellement », une politique sociale passant par des nationalisations, une imposition tapant sur les très riches et épargnant les plus modestes… En somme, une des nombreuses variantes de l’État-providence. Une méthode qui aurait porté ses fruits à Manchester et lui valant le surnom de « roi du Nord », même si certains résultats en sont contestés et que le développement de la région avait commencé avant l’arrivée de Burnham. Ce succès doit aussi beaucoup à l’arrivée massive d’investisseurs privés. Le « manchesterisme » est-il donc aussi anti-néolibéral que son auteur le prétend ?
Il est par ailleurs des sujets sur lesquels il est resté discret, lors de sa campagne législative. Immigrationniste, il n’a guère abordé le sujet. Europhile et partisan d’un retour dans l’UE, il « a parlé de vouloir voir le Royaume-Uni de retour dans l’UE de son vivant », mais Andy Burnham « a néanmoins reconnu le vote sur le Brexit comme un cri de changement par rapport aux électeurs volés par des années de stagnation du niveau de vie ». Surtout ne pas insulter les électeurs souverainistes...
Dernier espoir contre Farage
Sa grande promesse reste donc d’améliorer la vie (et le niveau de vie) des classes populaires. Mais n’est-ce pas là prendre un risque qui en a dézingué d’autres avant lui ? « S’il ne peut pas faire cela, alors il sera immédiatement goudronné avec le même pinceau que le reste d’entre eux – quelqu’un qui n’a rien fait. » Et la marge de manœuvre est étroite, ce que suggèrent la plupart des éditorialistes sans oser trop insister pour ne pas désespérer leur auditoire. « Pour certains au Labour, le dernier espoir », titre le Tagesschau, qui rappelle utilement que si les « prochaines élections législatives régulières ne sont qu'en 2029, […] la panique chez les sociaux-démocrates est grande ». Mais quand le média allemand voit en Andy Burnham un héros de « l'anti-establishment malgré une carrière classique », on se dit que la blague va peut-être un peu loin. S’il est le dernier espoir, c’est bien celui de cet « establishment » qui sait bien qu’une victoire de Nigel Farage validerait définitivement le Brexit et la fin du bipartisme Labour-Tories.
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6 commentaires
Le labour a estimé que Starmer était devenu toxique en vue des futures élections à cause de l’affaire Epstein mais aussi et surtout de l’affaire des grooming gangs. Ils vont rester au pouvoir jusqu’aux prochaines échéances et surtout rien ne va changer.
En France, avec la presse, le vainqueur du scrutin présidentiel est déjà annoncé et encore, bien plus à l’avance . La macronie a son successeur, je cite….E. Philippe.
Alors il en sera fini de la France !
Merci beaucoup, Monsieur Lombard et à travers vous, la rédaction de BV d’avoir accédé aussi vite à ma demande – et sûrement d’autres lecteurs – de clarification de la situation politique après la démission annoncée de M. Starmer de quitter sa charge de Premier ministre.
Cela nous évite ainsi d’exposer une nouvelle fois un schéma binaire de la situation politique avec les bons, conservateurs ex-droitiers et les mauvais les islamo-gauchistes. Cela ne transparaît pas dans votre article mais tout de même, vous sembler accréditer ce que dit une partie de la presse étrangère expliquant que l’on retourne à un travaillisme de nationalisation « à l’ancienne », comme au temps de M. Attlee ou Wilson avec un contrôle directe des ministères concernés sur les entreprises nationalisés et une gestion centralisée de l’économie (même sans « centralisme démocratique »).
Ce n’est pas cela que souhaite le nouveau Premier ministre annoncé. Il vient d’une ville qui a souffert de la désindustrialisation et de son corollaire, un chômage massif et qui s’est reconvertie dans des activités nouvelles avec l’appui de la MUNICIPALITE. Je ne pense pas que ce soit le seuil exemple d’ancienne grande ville industrielle. Le nouveau Premier ministre souhaite que l’on décentralise l’économie en associant les personnes publiques et le capital privé (est-ce l’économie mixte ? Je n’ai pas eu le temps de lire la presse étrangère pour vous le dire, mais vous saurez trouver) et si nécessaire en renationalisant certaines activités industrielles privatisées à l’époque de Mme Thatcher, mais pas systématiquement et en tout cas donnant plus d’autonomie aux entreprises publiques dans leurs choix décisionnels. En outre, cette décentralisation doit s’amplifier sur le plan politique, notamment en renforçant les processus de « dévolution des compétences » au profit des gouvernements du Pays de Galles, de l’Ecosse et de l’Irlande du Nord.
Ce que j’écris sur ces sujets, je ne l’ai pas inventé mais lu dans « Junge Freiheit » (un périodique qui est fort bien informé de tout ce qui se passe en Europe et à travers le monde. Et tans pis pour les dirigeants du RN : ce journal soutient très souvent les initiatives de l’AFD. Mais, en « haut-lieu’ » politique, il faut lire l’allemand aussi, et puis l’italien (l’Italie a une excellente et longue tradition diplomatique et donc, est fort bien renseignée des affaires internationales).
Bravo pour le fait d’être écouté par BV. Quand certains dont moi supplient pour ne plus voir Macron en image d’illustration d’article, c’est inutile, ça continue…
Idem…