En politique, il est fréquent que des collaborateurs, tombés en disgrâce ou simplement démissionnaires, couchent leurs souvenirs, plus ou moins aimables, sur papier. Si cette littérature de « proches » éconduits se borne généralement à des règlements de comptes ancillaires sans grand intérêt, il y a néanmoins des exceptions, tel le Confusions, de Marie Tanguy, ex-plume d’, consacré à la campagne présidentielle de 2017.

Interrogée, dans l’édition française du magazine canadien Vice, Marie Tanguy évoque « une campagne au fonctionnement illisible et à la réussite insolente », ce qui est plutôt bien vu. Au début, elle semble idéalement formatée pour ce « rêve transformé en cauchemar » : après avoir usé ses fonds de jupes à Sciences Po, elle rédige, plusieurs années durant, les discours de la CFDT, le syndicat « réformiste » qu’on sait.

« J’ai été séduite par l’intelligence de Macron, la cohérence de ses propos. Il avait des mots qui résonnaient très fort en moi. Il parlait d’émancipation et disait qu’il voulait rendre le pouvoir à ceux qui font. » Comme quoi il en faut peu pour impressionner les jeunes filles. Bref, poursuit-elle : « Politiquement, j’y croyais très fort. J’ai vu en Macron quelque chose qu’il n’était pas. » Nous y voilà.

Car au-delà des innombrables vexations inhérentes à ce de fonctions – discours remaniés par des imbéciles et amendés par des courtisans ineptes ou inaptes, avec « toujours les mêmes mots, les mêmes messages » –, Marie Tanguy cerne bien le personnage. Oui, tout est dans ces mots : « J’ai vu en Macron quelque chose qu’il n’était pas. »

Le jeune homme issu de nulle part ? C’était déjà un vieux routier de la politique au moment d’entrer en campagne. Hors et au-dessus et partis ? S’il n’appartenait pas aux vieilles formations politiques, au moins était-il l’homme lige du seul parti qui compte, celui des mondes économiques et médiatiques, entre « cercle de la raison et « bonne gouvernance », comme on dit. En même temps de droite et de gauche ? Ou d’extrême centre, pourquoi pas ? Si tel est le cas, il l’est à la façon d’un Valéry Giscard d’Estaing et de son « libéralisme avancé » de jadis. Plus moderne, on ne fait pas.

Il est vrai que le plus jeune Président d’alors était précurseur en matière de transgression : descente des Champs-Élysées à pied, le jour de sa prise de fonction, sur fond de « Marseillaise » au tempo ralenti, création d’un ministère des Droits des femmes et dîner faussement improvisé chez des Français qui ne lui avaient sûrement rien demandé. Un libéral-libertaire avant l’heure, un partisan de la construction européenne et de la déconstruction des mœurs, un descendant direct de Daniel Cohn-Bendit, en quelque sorte.

Au fait, Emmanuel Macron sait-il qui il est vraiment ? C’est bien là toute la question. Il se veut européen convaincu, mais tente de redonner un minimum d’indépendance à la diplomatie française, ce que, par ailleurs, on ne saurait lui reprocher. Il se proclame DRH d’un pays transformé en « start-up nation », mais impose un haut-commissariat au plan. C’est un libéral qui se comporte en colbertiste, un jupitérien qui se fait complaisamment photographier à torse poil et en Jet Ski™.

Mieux, cet adversaire résolu et autoproclamé du populisme n’hésite pas à déclarer au Journal du dimanche, le 19 mars 2017 : « Si être populiste, c’est parler au peuple de manière compréhensible sans passer par le truchement des appareils, je veux bien être populiste. » Et le même d’ensuite stigmatiser les « Gaulois réfractaires ». Va comprendre, Charles…

Tout cela ne paraît guère sérieux. Mais Emmanuel Macron est-il vraiment sérieux ? Il est permis d’en douter.

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