L’émergence de l’écolo-sociétalisme

Dans la dernière ligne droite avant le vote des Français aux élections européennes, le 26 mai prochain, François Hollande a appelé à voter pour la liste PS/Place publique/Nouvelle donne/PRG conduite par Raphaël Glucksmann, au cours d’une entrevue accordée à Jean-Jacques Bourdin sur l’antenne de RMC BFM TV. Celui qui a toujours axé sa ligne de conduite sur « le rassemblement » (disait-il, avec un fort accent mitterrandien durant la campagne présidentielle de 2012) est, en réalité, le maître des combines électoralistes, notamment lorsqu’il lui fallait recomposer la fameuse « gauche plurielle » : un équilibre parfait pour représenter toutes les sensibilités de gauche sociétale, des Verts aux radicaux-socialistes.

Conformément aux directives du laboratoire d’idées Terra Nova (en 2011), la gauche a choisi, délibérément, de tourner le dos aux travailleurs – et, dans le même temps, aux propriétaires –, ceux-là mêmes étant en voie de disparition à cause de la financiarisation à outrance des échanges commerciaux et industriels. Il fallait trouver une autre ligne directrice, la plus consensuelle possible, afin de faire oublier la perte de tout contrôle sur l’économie (comment être puissant quand on ne produit pas sa propre monnaie ?). Toujours est-il qu’une cause devait voir le jour pour montrer que la politique pouvait encore sauver la veuve et l’orphelin, mais aussi faire pleurer dans les chaumières. Comment, en effet, rameuter la foule sans susciter des émotions ? Cette cause serait, inéluctablement, la protection de la nature, autrement dit de la faune et de la flore.

Justifiée ou pas, l’angoisse, lorsque celle-ci est savamment entretenue, est mobilisatrice, et permet de « distinguer l’ami de l’ennemi » (Carl Schmitt). Entre-temps, Europe Écologie Les Verts a mis un coup de pied dans la fourmilière politique française à l’issue des élections européennes de 2009, sous l’autorité de Daniel Cohn-Bendit, ex-Dany le rouge, et sous la direction de Cécile Duflot. En obtenant 16,3 % des voix, EELV commençait à prendre des parts de marché électoral au PS dirigé par Martine Aubry, celle-ci déjà soucieuse de relever « un cadavre à la renverse » (comme elle le dira en 2011, en pointant la léthargie de son prédécesseur, François Hollande). Donc, il est logique de voir, aujourd’hui, sur les listes de gauche autant de spécialistes de l’écologie et de la transition énergétique pour intégrer le Parlement de Strasbourg.

Ainsi, la liste du PS de Raphaël Glucksmann, celle d’EELV de Yannick Jadot, celle de Génération.s de Benoît Hamon, celle du PCF de Ian Brossat ainsi que celle de LFI de Manon Aubry défendent, en ordre dispersé, un seul et unique projet idéologique : humanisme, écologisme et sociétalisme. En définitive, spéculer au lieu de régner : noyer l’opinion dans l’abstrait pour mieux éluder son besoin de concret. Ou sauver l’Homme plutôt que les peuples, la Terre plutôt que sa terre et, enfin, la minorité (sexuelle, raciale ou culturelle) plutôt que sa nation. C’est l’aspect le plus pitoyable d’une époque où l’arrogance de l’individu ose s’opposer aux volontés divines : l’Homme se pensant comme (re)créateur de l’Univers.

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