Editoriaux - Politique - Supplément - Table - 5 mai 2017

Les législatives ne sont pas un examen de rattrapage de l’élection présidentielle

Le 23 avril dernier, les vieux caciques des vieux appareils ont été renvoyés à leurs chères études par un électorat plus que fatigué d’une classe politique épuisée et surtout incapable de se remettre en question. Bien entendu, on pourra longtemps ratiociner pour savoir si l’un ou l’autre des deux finalistes peut légitimement incarner ce renouveau ; tel n’est pas le propos. En revanche, le spectateur agacé ou amusé observera la promptitude avec laquelle les battus du jour ont donné leurs consignes de vote ou se sont, d’une manière ou d’une autre, profilés. Ainsi, les Mélenchon ou Baroin nous expliquent qu’il faut élire Emmanuel Macron et que cela sera sans conséquences puisqu’ils vont gagner les élections législatives, contraignant le nouveau Président à cohabiter. Dans ces conditions (soit dit en passant), je ne vois pas en quoi leur importe le vainqueur puisqu’il sera réduit à faire leur politique.

Ce que ces gens-là n’ont pas compris, c’est que “non, c’est non”. Si l’électeur n’a pas voulu d’eux aux primaires ou à l’élection, il n’a pas de raison de leur donner une seconde ou une troisième chance aux législatives. Surtout qu’on a observé que les législatives confirment – et c’est logique – le résultat de la présidentielle.

Cela étant dit, il est fort regrettable que la chronologie du Parlement corresponde à celle de l’exécutif. À qui la faute ? À Chirac et à son quinquennat. Ce n’est peut-être pas pour rien que les auteurs de la Constitution ont fixé au Président un mandat de sept ans, tandis qu’ils fixaient aux députés un mandat de cinq ans. Cela permettait au peuple de conserver par les urnes un certain contrôle sur l’exécutif en menaçant de le priver d’une majorité en cas d’insatisfaction.

En ramenant le mandat présidentiel à cinq ans, on donne à l’exécutif les clefs de la maison France sans aucun contrôle.

La réduction du mandat présidentiel à cinq ans a, en outre, les inconvénients de multiplier les élections et d’obliger la nation à entretenir pléthore d’ex-Présidents vivants qui se gavent aux dépens de la République tout en donnant, pour certains, des conférences à prix d’or. En pariant sur un désaveu du Président à peine élu, ce sont les institutions que désavouent les perdants d’aujourd’hui. Pas certain que cela soit de bon augure pour un fonctionnement sain de nos institutions.

Pour justifier sa réforme, Jacques Chirac avait expliqué que le quinquennat permettrait à la démocratie de mieux respirer. Sauf qu’à respirer trop vite, la démocratie s’essouffle. Une bonne raison supplémentaire de se dire que le vainqueur de l’élection présidentielle de dimanche prochain sortira avec une majorité aux législatives. Une bonne raison de ne pas se tromper et de ne pas voter à la légère.

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