Editoriaux - Politique - Société - 30 octobre 2019

Le voile… il plane comme les nuées sombres au-dessus de nos têtes

Le voile n’en finit plus de flotter telles des nuées sombres au-dessus de la société française… Quand il n’est pas solidement amarré sur les têtes, il tourbillonne au gré des vents mauvais qui nous agitent. Semblable au Jupiter des Anciens, il rend fous ceux qu’il veut perdre.

Au grand dam du ministre de l’Éducation, les sénateurs ont voté, ce mardi 29 octobre, une proposition de loi visant à modifier le code de l’Éducation. L’objectif : étendre « aux personnes qui participent, y compris lors des sorties scolaires, aux activités liées à l’enseignement dans ou en dehors des établissements » l’interdiction du port ostensible de signes religieux tel que définis dans la loi de 2004. À la question « La sortie scolaire est-elle un temps éducatif ? », le président du Sénat Gérard Larcher a récemment répondu : « Oui. Celui qui accompagne une classe est donc un acteur de service public et ne peut pas porter de signes distinctifs. » Les sénateurs, donc, de voter en conséquence.

Jean-Michel Blanquer pensait avoir été convaincant lorsqu’il citait Montesquieu avertissant : « Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires. » Mais c’est moins L’Esprit des lois que le désir d’une reconquête politique qui agite les sénateurs LR. « Nous voulons rapprocher les familles des écoles et c’est là la meilleure chance d’accomplir le projet républicain », avait dit le ministre. Peine perdue. On peut penser, en effet, que contraindre les mères à retirer leur foulard – s’il ne s’agit vraiment que d’un foulard – aboutira seulement à les éloigner d’une intégration sociale pourtant nécessaire.

On doute que l’Assemblée nationale vote la modification souhaitée par le Sénat, mais d’une certaine façon, peu importe : le mal est fait de part et d’autre, faisant gonfler un abcès qui menace bien de crever dans la violence, cette histoire de voile n’étant que l’accessoire d’un problème d’une tout autre dimension.

Tout s’emballe, jusqu’au délire d’un vieillard mitraillant à la porte d’une mosquée « pour venger Notre-Dame » ! Et l’on songe tout à coup à un autre geste fou, ou sublime, diront certains : le suicide de Dominique Venner dans la cathédrale de Paris. Dans la lettre qu’il avait déposée, ce 21 mai 2013, sur le maître-autel, l’historien écrivait : « une France tombée au pouvoir des islamistes fait partie des probabilités », ajoutant qu’« il ne suffira pas d’organiser de gentilles manifestations de rue pour l’empêcher ». Pathétique entre tous, ce geste n’aura attiré dans la cathédrale que les Femen aux seins nus hurlant « au fascisme » sous leurs peintures de guerre.

Six ans ont passé, lourds d’attentats sur fond de guerre idéologique de moins en moins larvée. Il aura fallu l’interpellation de la présidente du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté au sujet d’une femme voilée, le 11 octobre, par l’élu RN Julien Odoul pour que s’ouvre « la boîte aux bêtises », comme le dénonce Didier Leschi, directeur de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, dans une tribune publiée par Le Monde. Une affaire qui « n’a pas seulement attesté d’une haine antimusulmane française aussi sidérante qu’heureusement minoritaire », mais a une nouvelle fois, « de manière décuplée », servi également « de carburant aux défenseurs inconditionnels du voile qui affirment comme une évidence indiscutable que les croyants musulmans seraient victimes d’une “islamophobie d’État” ». Or, « la réalité documentée atteste pourtant du contraire », écrit-il, car depuis trente ans, « les pouvoirs publics, locaux comme nationaux, n’ont cessé d’œuvrer à l’amélioration de la situation des fidèles musulmans ». Résultat : une communauté religieuse favorisée comme aucune autre ! Une analyse reprise par les 101 signataires de l’« appel contre le voile sexiste et obscurantiste » publié par Marianne

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