Dans notre charmante ville de L’Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse), appelée la Venise provençale, réputée pour ses antiquaires, ses marchés typiquement provençaux, son patrimoine historique, l’accueil sympathique de ses habitants, se sont produits, ces derniers jours, deux événements qui témoignent du fossé qui se creuse entre nos concitoyens et l’élite qui dirige le pays.

Le jeudi 7 janvier, France Bleu Vaucluse faisait état du cri d’un patron de bar-restaurant situé dans un hameau de la commune de L’Isle-sur-la-Sorgue. Celui-ci, astreint à une fermeture pendant plusieurs mois en 2020, indique à la radio locale n’avoir aucune visibilité sur la réouverture de son établissement. Par ailleurs, il évoque une dégradation de sa situation financière et une certaine détresse morale. Le banquier le considère désormais comme un client à risque. Il ne voit plus ses clients qui faisaient partie de son quotidien. Ce restaurateur décrit très bien cet abandon, à la fois psychologique et financier, auquel sont confrontés toutes les Françaises et tous les Français dont l’activité est soit arrêtée, soit altérée, en raison de mesures technocratiques de moins en moins comprises.

Le lendemain, vendredi 8 janvier, survient un autre événement. Dans les rues froides et désertes du centre-ville, quelques résidents voient déambuler un cortège de personnalités. Ils ont bien reconnu leur maire mais se demandent quelles sont les autres personnes qui l’accompagnent, protégées par de nombreux gendarmes. Il s’agit, en fait, du ministre en charge de la Transformation et de la Fonction publique, Mme . L’objet premier de sa visite : présenter dans le Vaucluse le plan gouvernemental de relance économique qui s’appuie sur la mise en place d’un énième comité départemental, piloté par un jeune sous-préfet de 28 ans dont l’expérience, en matière de développement économique et de gestion de projets d’envergure, décrite par la presse locale, font plus qu’interroger. Bref, nous sommes en pleine technocratie.

La présence d’un ministre dans son centre-ville n’est pas un événement anodin. On aurait pu imaginer que le très macronien maire de la ville lui présente les difficultés rencontrées par tous ceux dont l’activité est à l’arrêt et discute des mesures souvent injustes et incohérentes qui asphyxient l’économie locale. Souvenons-nous que les professions liées au tourisme, notamment les hôtels, les restaurants et les bars, ont fait des efforts extraordinaires pour respecter les consignes sanitaires et qu’elles ne comprennent pas, à juste titre, le deux poids deux mesures, entre le sort qui leur est réservé et les attroupements régulièrement constatés dans des manifestations souvent violentes du samedi après-midi, des grandes surfaces ou encore dans les transports publics. Rappelons également que ces secteurs représentent, en France, 10 % du PIB et que, par-delà les bars, restaurants, hôtels, d’autres activités sont indirectement impactées. Il s’agit des agriculteurs, pêcheurs, éleveurs, primeurs, vignerons, fleuristes, blanchisseries. De nombreux jeunes gens se retrouvent au chômage.

Certains élus locaux s’élèvent devant un tel désastre économique et social pour défendre leur territoire et demander à l’État de trouver un meilleur équilibre entre la sécurité sanitaire et l’activité économique. Ce ne fut pas le cas, ce vendredi 8 janvier. On préféra phosphorer entre amis politiques sur des projets, certes intéressants, mais qui ne règlent en rien les problèmes rencontrés dans la commune, dont l’activité principale est le tourisme.

Finalement, le ministre ne rencontra pas le restaurateur abandonné à son sort, comme beaucoup d’autres. Ainsi avons-nous assisté concrètement à la visite d’un ministre un peu hors-sol, accompagné d’un maire dont l’avenir politique dépend de l’allégeance à un système qui, sous prétexte du Covid-19, détruit progressivement le petit commerce, l’artisanat, les restaurants et autres activités de proximité et, en définitive, notre art de vivre à la française.

12 janvier 2021

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