Chauve-souris, pangolin, ornithorynque, musaraigne à poil long ou fuite de laboratoire, on ne sait toujours pas qui nous a balancé le SARS-CoV-2 dans les gencives et les fosses nasales ; ce qu’on sait, en revanche, c’est qu’il a ouvert en grand les vannes de l’indemnisation tous azimuts.

Dans notre Big Mother, docteur ès cajolerie, on a fourré dans la tête des gens que la médecine est un service gratuit. On l’entend jour et nuit dans la bouche des Diafoirus de l’administration qui se bousculent à l’antenne : allez vous faire tester tous les jours si ça vous rassure, puis allez vous faire vacciner, « c’est gratuit ! ». Ben quoi, c’est le gouvernement qui paye ! dit le terrorisé du Covid. Et où trouve-t-il l’argent, le gouvernement ? Pas dans sa poche sans doute – quoique – mais dans la mienne assurément.

Nouveauté dans la hotte du père , ou plutôt nouvelle fève dans la galette : le Premier ministre a annoncé, jeudi 7 janvier dernier, que les travailleuses-travailleurs, les rares celles-zé-ceux qui continuent de se rendre au boulot, peuvent désormais s’auto-arrêter en maladie. « Tout salarié du privé ou du public, qui présente des symptômes du Covid-19 ou qui est cas contact, peut se mettre immédiatement en arrêt maladie », a dit Jean . En voilà, une idée qu’elle est bonne, aurait commenté feu .

Et donc, depuis lundi, Mlle Macheprot peut se mettre elle-même en arrêt maladie. La démarche est simple :

« Si vous ressentez un des symptômes du Covid-19 (fièvre, toux sèche, fatigue, courbatures, maux de gorge, maux de tête, perte de l’odorat ou du goût, etc.) ou si vous êtes cas contact, vous devez vous rendre sur ameli.fr ou declare.msa.fr pour les salariés agricoles pour déclarer votre arrêt maladie immédiat. »
« Le salarié doit réaliser un test RT-PCR ou un test antigénique dans les deux jours qui suivent la télédéclaration. À l’issue de cette déclaration, le site Ameli ou le site MSA fournira un document à télécharger et à envoyer à l’employeur. »
« Dès que le salarié a obtenu le résultat de son test, il doit de nouveau se connecter sur le site Ameli ou de la MSA pour indiquer le résultat. »
« Le dispositif est ouvert à tous les salariés du privé et du public qui ne peuvent pas télétravailler et qui ont besoin d’un arrêt de travail dérogatoire. Plusieurs professions n’y ont pas droit pour des raisons de continuité d’activité et qui bénéficient de dérogations à l’isolement : les soignants ou non-soignants salariés des établissements de , des établissements médico-sociaux ou des établissements français du sang. »
« L’arrêt maladie est de quatre jours maximum. Des indemnités journalières et le complément employeur sont versés sans délai de carence et sans conditions d’ouverture de droits. Elles seront versées, que le résultat du test soit positif ou négatif. »

Vous êtes un esprit soupçonneux ? Comme moi vous craignez des abus ? Rassurez-vous : pour les éviter, l’assurance maladie « appellera deux à trois fois le salarié pendant sept jours ». Tout cela me paraît relever du vœu pieux… Scepticisme conforté par cette information du matin : dans la seule journée de lundi, 2.500 personnes se sont déjà autodéclarées en maladie.

Plus improbable encore : « Chaque personne qui est déclarée positive se verra proposer la visite d’un infirmier à domicile à partir du 20 janvier. » Et où va-t-on les trouver, ces infirmiers-ères ?

On me dira que tout cela part d’un bon sentiment : éviter que les« covidés » potentiels n’aillent contaminer leurs collègues de travail. Certes. Hélas, sachant d’une part que les Français sont des champions de l’arrêt de travail (particulièrement dans la fonction publique territoriale), d’autre part que les contrôles sont quasi inexistants en temps ordinaire, on imagine ce qu’il en sera devant l’affluence des candidats à la pandémie…

12 janvier 2021

Les commentaires sont fermés sur cette publication.