Editoriaux - 4 février 2019

Le référendum de Macron sera son quitte ou double

Il semblerait que l’idée d’un référendum concomitant avec les élections européennes du 26 mai prochain fasse son chemin dans l’esprit du président de la République. En effet, désireux (à ce qu’il laisse entendre) de tirer dans les meilleurs délais les conclusions du grand débat national actuellement en cours, cette solution permettrait à Emmanuel Macron à la fois de répondre à un « timing » serré mais, en plus, de conclure en beauté une longue période d’immobilisme politique.

Cette initiative, si elle devait se confirmer, aurait pour le pouvoir en place, et en particulier pour le chef de l’État, de nombreux avantages. D’abord, la simultanéité d’un référendum avec les élections européennes permettrait de mobiliser sans doute plus largement un électorat habituellement frileux avec ce type de scrutin. Ensuite, cette double consultation aurait pour effet de diluer la question européenne dans un tout plus digeste et mobilisateur pour l’électeur. Enfin, craignant à juste titre que le vote de nombreux Français ne vienne davantage sanctionner sa politique que cautionner un projet européen de plus en plus mal accepté, Macron aurait tout intérêt à brouiller les cartes de cette manière afin de faire émerger, pour lui et sa majorité, un nouvel état de grâce. Certes, le pari présidentiel peut paraître risqué, car susceptible également de lui faire tout perdre d’un coup. Mais à bien y réfléchir, ne rien tenter serait certainement plus risqué encore pour lui.

D’un point de vue constitutionnel, le référendum envisagé devra cependant répondre à quelques règles précises. Tout d’abord, il devra être en conformité avec les articles 11 et 89 de la Constitution. L’article 11 prévoit, en effet, que seules des questions relatives à l’organisation des pouvoirs publics, les réformes économiques, sociales, environnementales et les services publics qui y concourent, et la ratification d’un traité international peuvent être posées. Quant à l’article 89, il ne concerne que les modifications constitutionnelles. Ensuite, les Français doivent approuver le contenu d’un projet ou d’une proposition de loi préalablement soumis au Parlement. Enfin, le vote doit s’opérer sur une question précise à laquelle les électeurs doivent pouvoir répondre par « oui » ou par « non », et non sur une idée d’ordre général. On le constate donc, l’exercice est contraint. Mais il n’est pas impossible à réaliser.

Sa réussite, d’un point de vue purement politique, repose sur la dynamique que Macron aura su insuffler d’ici le 26 mai prochain. Si la question référendaire est bien trouvée, il y fort à parier que les électeurs, en répondant oui au Président, lui donneront également leur suffrage pour l’élection européenne. En revanche, un non risque fort de devenir un obstacle rédhibitoire pour la liste LREM qui sera engagée. Mais nous savons que Macron, pour aussi contesté qu’il soit, ne manque pas de ressources. C’est ainsi qu’il s’est déjà engagé dans une campagne électorale nationale et qu’au mépris de toutes les règles d’équité entre les partis politiques, il use de son mandat pour convaincre un électorat qui lui sera fort utile en mai. C’est donc à une manœuvre politique de grande envergure à laquelle se livre le locataire de l’Élysée. Et il aura su retourner à son avantage, au moins d’un point de vue tactique, une situation qui se présentait très mal pour lui. Reste, maintenant, à trouver le sujet du référendum. Trop loin des préoccupations réelles des Français, ce sera vraisemblablement un échec. Mais bien ciblée, la donne politique peut être rebattue totalement et redonner une nouvelle chance à un Président et un gouvernement qui frôlent les abîmes depuis plusieurs semaines.

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