Editoriaux - Religion - 4 février 2019

Le pape a-t-il raison de dialoguer avec l’islam ?

François, comme il aime à être appelé, est en voyage aux Émirats arabes unis “pour tendre la main à l’islam”, titre Le Figaro, pour « [poursuivre] le dialogue avec l’islam”, écrit Le Monde. Depuis le début de son pontificat, il s’est déjà rendu dans des pays comme l’Égypte, l’Azerbaïdjan, le Bangladesh et la Turquie. En mars, il est attendu au Maroc. S’il est important de dialoguer pour mieux se comprendre et rapprocher les peuples, il faut rester lucide sur les incompatibilités entre les conceptions de l’homme et de la société que portent des civilisations différentes.

Ce voyage pontifical s’inscrit dans le cadre de l’année de la « Tolérance », décrétée par les Émirats arabes unis. De tradition musulmane malikite, une branche du sunnisme, ce pays est relativement ouvert : ne bénéficie-t-il pas d’un ministère de la Tolérance ? Mais cette tolérance a des limites. Certes, contrairement à l’Arabie saoudite, il accorde une certaine liberté de culte (neuf églises catholiques), mais tout signe extérieur d’appartenance religieuse est considéré comme prosélytisme et, en conséquence, interdit. L’expression publique de la foi chrétienne est condamnée et, bien sûr, la conversion à cette religion. Rappelons que les autorités musulmanes, en France, n’ont jamais reconnu le droit d’apostasie.

Dans l’esprit du pape, ce dialogue est censé être une arme contre le fondamentalisme et la violence exercée au nom de Dieu. Dans une vidéo diffusée avant son départ, il déclare que “la foi en Dieu unit et non divise, rapproche malgré les distinctions, éloigne de l’hostilité et de l’aversion”. Sans doute veut-il, dans la pratique, améliorer le sort des habitants chrétiens des pays musulmans, principalement des immigrés. Mais on n’obtient rien sans concessions et l’on voit mal les autorités musulmanes s’incliner devant les souhaits du pape pour simplement lui faire plaisir. Or, le dialogue devrait se donner pour fin un accord sur quelques principes fondamentaux.

Comme les chrétiens de ce pays sont des immigrés, le pape ne peut s’empêcher de saluer “une terre qui cherche à être un modèle de cohabitation […], où beaucoup trouvent un endroit sûr pour travailler et vivre librement dans le respect de la diversité”. C’est à se demander, quand on connaît ses positions sur l’accueil des migrants, s’il ne donne pas ce pays en exemple à l’Europe, ce qui serait faire preuve d’une grande naïveté ou d’une méconnaissance des réalités. Il oublie de préciser que ces travailleurs immigrés sont, pour la plupart, bien mal payés et exploités.

Il paraît que la diplomatie vaticane était très réticente à l’organisation de ce voyage, mais que le pape François en a décidé. Car les Émirats sont impliqués, avec l’Arabie saoudite, dans le conflit du Yémen et les atrocités qui y sont commises. Il n’est même pas certain, selon Le Figaro, que cette question soit évoquée. Non pas que le pape y soit insensible (avant son départ, il a demandé aux différentes parties de “favoriser une trêve pour permettre l’acheminement de l’aide humanitaire”), mais diplomatie oblige !

Il ne s’agit pas de reprocher au pape de rendre visite aux Émirats arabes unis. Il obtiendra sans doute des améliorations à la situation des chrétiens qui y travaillent. Mais ses paroles ambiguës risquent de réduire dans l’opinion la méfiance qu’on peut légitimement éprouver à l’égard de l’impérialisme islamique. Lundi, il doit participer à une “conférence mondiale sur la fraternité humaine”. Fort bien ! Mais l’Histoire a prouvé que le pacifisme n’était pas seulement une idéologie de la fraternité, mais qu’il permettait aussi à des esprits malintentionnés de désarmer l’adversaire.

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