Fin 2018, le Parti socialiste quittait piteusement son hôtel particulier de la très chic rue de Solférino située dans le fastueux VIIe arrondissement de Paris. Adieu veau, vache, cochon et adhérents qui, à la porte, ne se bousculaient plus.

Les quelques rescapés du dernier Waterloo électoral entassaient dossiers et scooter de François Hollande sur une charrette et s’en allaient, errant, à la recherche d’un siège social moins coûteux. Après avoir réussi la traversée du périphérique avec brio, la troupe trouvait refuge dans la proche banlieue. Un vaste local à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne).

Souhaitant vaguement sauver la face, les dirigeants expliquaient que les raisons de cet exode n’étaient pas seulement financières. Pensez donc. « Nous avons fait le choix de réintégrer un quartier qui est plus proche de ce que nous portons, et de ceux pour qui nous nous battons », avait commenté le premier secrétaire du , Olivier Faure. Un retour aux sources. Le parti allait sans doute procéder par étapes. Ensuite, ce serait le bassin minier, les corons, les veuves et les orphelins. La vraie gauche, quoi.

Un an et demi plus tard, le cœur n’y est déjà plus. Loin du Café de Flore, le permanent déprime, l’élu ne vient pas, et puis 1.000 mètres carrés, pour quoi faire ? Un dancing, peut-être ? Une patinoire ? Non. Un retour sur la capitale s’imposait. Heureux hasard, la fondation Jean-Jaurès, située dans une cité huppée de l’inabordable IXe arrondissement, se trouvait trop à l’étroit dans ses 400 mètres carrés. Et le PS de sauter sur l’occasion. Ouf ! Quitter, enfin, ces quartiers de « ceux pour qui nous nous battons » qui, d’ailleurs, étaient partis aux confins de l’Île-de-France pour cause de loyers hors de prix. Les dirigeants avaient fait semblant d’ignorer que le prolo avait déserté les lieux pour faire place au bobo aisé.

Eh bien, quitte à se trouver près de « ceux pour qui nous nous battons » pour de vrai, autant aller vers le cœur du sujet. Le pur et dur, le flambant intello à écharpe qui fourmille dans les arrondissements centraux de la capitale, le nanti pro-migrant qui ne voudrait, pour rien au monde, habiter porte de la Chapelle, bref, se réaffirmer haut et fort « gauche hors-sol ». On a les retours aux sources qu’on peut.

D’après Le Monde, « la transaction devrait prendre la forme d’un échange ou d’une vente croisée ». Transaction sur un pont du périphérique. La ligne Maginot de la gauche caviar. Les uns en route pour les retrouvailles avec l’humanisme de centre-ville, les autres vers les grands espaces. Chassé-croisé de charrettes chargées d’idées abandonnées. Le pont ne tiendra pas.

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