Il y a, décidément, un problème avec certains journalistes, intervieweurs de radio et de télévision, le plus souvent. Comme s’ils en venaient à confondre et inverser les rôles ; comme si l’invité vedette, c’était eux et pas l’autre, celui venu donner des réponses aux questions posées. La preuve par qui recevait le professeur sur RMC, ce jeudi 25 juin, dans son émission « Bourdin Direct ».

Il est également de notoriété publique que les journalistes de France Inter ne sont pas avares en matière de grossièreté ricanante et d’arrogance satisfaite ; quand ce n’est tout simplement pas d’inculture crasse. Mais tel n’est pas, non plus, le monopole de la gauche vertueuse, ledit Bourdin pouvant en remontrer à un Patrick Cohen dans le registre de l’agressivité sous pavillon vaguement populiste.

Et notre justicier matinal d’attaquer Didier Raoult, bille en tête, à propos de la gestion de l’épidémie coronavirienne : « Vous dites qu’on n’a pas soigné les gens. Donc, vous affirmez que des médecins ont tué des patients. » Ça, pour du raccourci, c’est du raccourci. Le professeur marseillais tente ainsi d’affiner le propos : « Si on dit à un patient malade de rester chez lui et de prendre du Doliprane, on ne soigne pas les gens… »

Et Bourdin, tel le pitbull fort de ses trois cents kilos de pression dans la mâchoire, de l’agripper au mollet : « On risque de les tuer ? » Non, répond, le savant : « Ils risquent de mourir. » À propos de mâchoire, l’autre n’en démord pas, manifestement incapable de saisir le distinguo entre « tuer » et « laisser mourir ». Pourtant, c’est lui, le journaliste, qui devrait maîtriser le sens des mots, des expressions et de toutes leurs innombrables nuances.

Très logiquement, Didier Raoult commence à s’agacer : « Vous avez déjà soigné quelqu’un, dans votre vie ? Vous avez sauvé quelqu’un, dans votre vie ? Non, alors, calmez-vous. Je vais m’en aller, je m’en fiche, de vous… » Tout aussi logiquement, Jean-Jacques Bourdin s’agace à son tour, ne parvenant manifestement pas à comprendre qu’on ne puisse considérer le fait d’être invité dans son émission comme le couronnement d’une carrière, d’une œuvre, d’une vie. Le ton monte encore lorsque le toubib à tête de druide lui propose ensuite, tout sourire : « Posez-moi des questions intelligentes… »

Mais comment exiger d’un Jean-Jacques Bourdin ce que l’on attend en vain depuis des années de beaucoup d’autres ? Du coup, l’homme se risque tout de même à l’exercice : « Les médecins sont-ils achetés par l’industrie pharmaceutique, oui ou non ? » Ce à quoi il lui est évidemment répondu que « c’est un peu plus compliqué que ça ». Bien sûr, Arthur, et on s’en doutait un peu, mon neveu.

De fait, Didier Raoult est vraisemblablement proche de la réalité du sujet quand il assure qu’il « est évident qu’il y a des conflits d’intérêts ». Un journaliste pas trop nigaud n’aurait pas répondu autre chose.

Mais il est à croire que Jean-Jacques Bourdin n’est ni scientifique et encore moins… journaliste.

Dommage que Canal+ ait abandonné ses légendaires Miss Météo en prime time. Parce qu’avec une jupette, une perruque et trois traits d’eyeliner, il aurait été parfait pour dire le beau et le mauvais temps, à défaut de nous expliquer le vrai et le faux.

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