« Le patriarcat s’est infiltré dans nos jardins ». Dans les choux, certainement…
Reporterre, média bien connu des écologistes de Notre-Dame-des-Landes et autres Sainte-Soline, propose, sur son site, « La Balade du naturaliste », soit « une randonnée à la découverte d’une espèce ou d’un milieu exceptionnel, en compagnie d’une ou d’un passionné ». C’est l’occasion d’apprendre et surtout de surprendre. La dernière balade, organisée par Les Mutines indigènes, emmène ses randonneurs à la traque de la misogynie dans les prairies fleuries.
L’obsession des Verts de terre
La balade se fait dans le Gard sous la conduite d’Angeline Julien. On ne sait pas si Angeline a un avis sur le sexe des anges, cette controverse qui agitait les théologiens byzantins dans les années 1450. Dieu merci, nous sommes sortis de l’obscurantisme médiéval et sa préoccupation de néo-féministe est de débusquer, au milieu des herbes folles, croquenots aux pieds et loupe à la main, la « figure de la sorcière », les « stéréotypes de genre » et la « culture du viol ». Et tant pis pour ceux qui espéraient naïvement effeuiller la marguerite…
On aurait tort d’en rire, l’affaire est sérieuse. Angeline explique : « En Europe, la domination des femmes s’est aussi perpétuée via les plantes et chacune de celles que nous allons rencontrer aujourd’hui [évoquées ci-dessus] peut être associée à une ou plusieurs de ces notions. » Voilà justement la marguerite qui pointe son nez. C’est la fleur de l’asservissement : « portée en couronne, [elle] était symbole de virginité pour les jeunes filles ». Doux Jésus, quelle horreur !
Angeline part à la chasse de toutes ces plantes odieusement « associées aux femmes » et « nommées d’après Vénus ». Il y a la baignoire de Vénus, le sourcil de Vénus, le peigne de Vénus, la capillaire cheveux de Vénus et même le bouquet de Vénus. Affreux, comme tous ces noms qui prouvent que « l’on attend des femmes qu’elles soient belles comme les fleurs ». À moins que ce ne soit l’inverse…
On considère longtemps (c’est horrible) que les plantes se reproduisent sans sexualité. Enfin, Linné vint, au XVIIIe siècle. Créateur du système de classification des espèces vivantes, il décide que « ce sont évidemment les caractéristiques mâles d’une plante qui déterminent son niveau dans la classification ». Et, ce faisant, « amène la hiérarchie traditionnelle des genres dans les sciences ». Voilà ce qui aurait exclu les femmes de la botanique. Sauf celles qui en devinrent malgré tout spécialistes, mais ce sont « des exceptions », « souvent formées par un homme — père, mari, amant » — et, pire que tout, ce « sont des aristocrates ». Un mauvais esprit ajouterait que c’était le contrat social de l’époque et que les mêmes père, mari et amant subvenaient au besoin et à l’entretien des dames en question…
Les femmes dépossédées du savoir ancestral
S’il est une chose dont on peut convenir en partie, c’est sans doute la dépossession des femmes de leur savoir ancestral sur les plantes, savoir qui était au service de leur famille, et particulièrement des filles et des femmes, notamment pour tout ce qui se rapportait à la maternité. L’historienne Émilie-Anne Pépy affirme qu’il y a, au XVIIIe siècle, « une volonté masculine de limiter l’autonomie des femmes dans les pratiques liées à leur fécondité ». Elle écrit : « Les femmes herboristes font l’objet d’une double disqualification en raison de leur genre et de leur origine sociale. »
L’Histoire est un grand balancier et le XVIIIe est, pour bien des choses, l’aube d’une régression. La Révolution n’a pas, que l’on sache, été particulièrement favorable à la gent féminine. Pire,: c’est le Code Napoléon, de mars 1804, qui a légalement soumis les femmes à l’autorité de leur mari. En médecine, comme dans le négoce ou les affaires de l’État, elles avaient connu des périodes autrement plus fastes. Pour revenir à l’herboristerie, les livres de remèdes d’Hildegarde de Bingen (1098-1179), ancêtre des naturopathes, ont traversé les siècles. Mais qu’importe, Angeline Julien et ses randonneuses ont rempli leur mission : débusquer les « messagères involontaires du patriarcat ». Un patriarcat qui continue d’exercer ses ravages, nous dit-on, car ces dames en sont sûres : « La botanique reste un domaine dominé par les hommes. » On serait tenté de rajouter l’agriculture aussi, le maraîchage, l’élevage souvent, et puis le bûcheronnage, la construction peut-être, les travaux de voierie sans doute, et d’autres choses, encore. Et pour un certain temps encore, les papas feront pousser des choux bien pommés pour y cueillir les petits enfants.
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44 commentaires
Qu’est-ce qu’on peut répondre à tout ça ? Passé un certain niveau, tu t’asseois et tu pleure. En te demandant ce qu’on a fait au bon Dieu pour en arriver là.
que « l’on attend des femmes qu’elles soient belles comme les fleurs » ==> Pour moi c’est plutôt l’inverse. On n’attend rien d’elles, elles sont juste belles comme des fleurs. « Belles belles belles comme le jour, comme l’amour » chantait Claude François.