« Le patriarcat s’est infiltré dans nos jardins ». Dans les choux, certainement…

On aurait tort d’en rire, l’affaire est sérieuse.
Photo de feeysur Unsplash
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Reporterre, média bien connu des écologistes de Notre-Dame-des-Landes et autres Sainte-Soline, propose, sur son site, « La Balade du naturaliste », soit « une randonnée à la découverte d’une espèce ou d’un milieu exceptionnel, en compagnie d’une ou d’un passionné ». C’est l’occasion d’apprendre et surtout de surprendre. La dernière balade, organisée par Les Mutines indigènes, emmène ses randonneurs à la traque de la misogynie dans les prairies fleuries.

L’obsession des Verts de terre

La balade se fait dans le Gard sous la conduite d’Angeline Julien. On ne sait pas si Angeline a un avis sur le sexe des anges, cette controverse qui agitait les théologiens byzantins dans les années 1450. Dieu merci, nous sommes sortis de l’obscurantisme médiéval et sa préoccupation de néo-féministe est de débusquer, au milieu des herbes folles, croquenots aux pieds et loupe à la main, la « figure de la sorcière », les « stéréotypes de genre » et la « culture du viol ». Et tant pis pour ceux qui espéraient naïvement effeuiller la marguerite…

On aurait tort d’en rire, l’affaire est sérieuse. Angeline explique : « En Europe, la domination des femmes s’est aussi perpétuée via les plantes et chacune de celles que nous allons rencontrer aujourd’hui [évoquées ci-dessus] peut être associée à une ou plusieurs de ces notions. » Voilà justement la marguerite qui pointe son nez. C’est la fleur de l’asservissement : « portée en couronne, [elle] était symbole de virginité pour les jeunes filles ». Doux Jésus, quelle horreur !

Angeline part à la chasse de toutes ces plantes odieusement « associées aux femmes » et « nommées d’après Vénus ». Il y a la baignoire de Vénus, le sourcil de Vénus, le peigne de Vénus, la capillaire cheveux de Vénus et même le bouquet de Vénus. Affreux, comme tous ces noms qui prouvent que « l’on attend des femmes qu’elles soient belles comme les fleurs ». À moins que ce ne soit l’inverse…

On considère longtemps (c’est horrible) que les plantes se reproduisent sans sexualité. Enfin, Linné vint, au XVIIIe siècle. Créateur du système de classification des espèces vivantes, il décide que « ce sont évidemment les caractéristiques mâles d’une plante qui déterminent son niveau dans la classification ». Et, ce faisant, « amène la hiérarchie traditionnelle des genres dans les sciences ». Voilà ce qui aurait exclu les femmes de la botanique. Sauf celles qui en devinrent malgré tout spécialistes, mais ce sont « des exceptions », « souvent formées par un homme — père, mari, amant » — et, pire que tout, ce « sont des aristocrates ». Un mauvais esprit ajouterait que c’était le contrat social de l’époque et que les mêmes père, mari et amant subvenaient au besoin et à l’entretien des dames en question…

Les femmes dépossédées du savoir ancestral

S’il est une chose dont on peut convenir en partie, c’est sans doute la dépossession des femmes de leur savoir ancestral sur les plantes, savoir qui était au service de leur famille, et particulièrement des filles et des femmes, notamment pour tout ce qui se rapportait à la maternité. L’historienne Émilie-Anne Pépy affirme qu’il y a, au XVIIIe siècle, « une volonté masculine de limiter l’autonomie des femmes dans les pratiques liées à leur fécondité ». Elle écrit : « Les femmes herboristes font l’objet d’une double disqualification en raison de leur genre et de leur origine sociale. »

L’Histoire est un grand balancier et le XVIIIe est, pour bien des choses, l’aube d’une régression. La Révolution n’a pas, que l’on sache, été particulièrement favorable à la gent féminine. Pire,: c’est le Code Napoléon, de mars 1804, qui a légalement soumis les femmes à l’autorité de leur mari. En médecine, comme dans le négoce ou les affaires de l’État, elles avaient connu des périodes autrement plus fastes. Pour revenir à l’herboristerie, les livres de remèdes d’Hildegarde de Bingen (1098-1179), ancêtre des naturopathes, ont traversé les siècles. Mais qu’importe, Angeline Julien et ses randonneuses ont rempli leur mission : débusquer les « messagères involontaires du patriarcat ». Un patriarcat qui continue d’exercer ses ravages, nous dit-on, car ces dames en sont sûres : « La botanique reste un domaine dominé par les hommes. » On serait tenté de rajouter l’agriculture aussi, le maraîchage, l’élevage souvent, et puis le bûcheronnage, la construction peut-être, les travaux de voierie sans doute, et d’autres choses, encore. Et pour un certain temps encore, les papas feront pousser des choux bien pommés pour y cueillir les petits enfants.

Picture of Marie Delarue
Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

44 commentaires

  1. Quoique quoique : ma belle-mère a été bûcheronne dans les années 53-58: il lui en est resté le mépris absolu des plantes et des arbres ( tout mettre à bas ! ) et, partant, des animaux..

  2. Êtes-vous certain que nous soyons sortis de l’obscurantisme ? Moi je pense que nous y sommes retombés, qu’il soit religieux mais aussi écologique.

  3. bonjour, je serais sûrement censuré , mais qu’importe, la franchise est de mise sur BV:
    pour Gaby; attention la position suggérée apporte quelques risques…je ne vais pas plus loin et laisse vagabonder l’imagination .
    Cordialement AHL

  4. Pffff tout le monde sait que les garçons naissent dans les chiux et les filels dans les roses voyons ….mdrrrrrrrrrrrrrrrrrrr

  5. En passant par toutes les sensibilités dites de gauche, on s’aperçoit que tous, et à tous les niveaux, ont de sérieux problèmes avec le sexe.
    Il est facile de voir le « patriarcat » là où il n’est pas et de s’enterrer la tête dans le sable pour ne pas voir celui qui menace.

  6. Ce serait presque drôle si ces gens avaient le moindre sens de l’humour. Créer des sortes d’ateliers apprenant à  » détecter  » la misogynie, il fallait oser… Pour filer l’analogie, je ne pense pas que l’escabeau soit une chaise qui a réussie ; à contrario, la chaise me semble bien plus, un tabouret qui a réussie… Moi-même, si on me désigne par des noms féminins, je vais vais pas aller créer un « atelier- ballade » afin de détecter quelque erreur voire « anti-patriarcat » ( sentinelle, victime, vedette, sommité, personnalité, fripouille, célébrité, personne, vigie etc ). Bref, ces gens là n’ont vraiment pas grand-chose à faire…

  7. Félicitations pour cet article. On pourrait ajouter, en hommage à la déesse de la beauté, une belle orchidée, rare mais présente en France, le sabot de Vénus. Quant aux horreurs phallocratiques, comment ne pas citer un champignon célèbre, et pas très comestible, le Phalle impudique.

  8. Bravo, Marie Delarue et merci à Tasssergal pour ses précisions.
    Voici la dernière .
    Depuis 1/2 siècle, les politiciens du monde entier ont enterré le  » Patriarcat ».
    Nous vivons désormais dans un « Matriarcat totalitaire ».
    Il est grand temps que les femmes ( députées ou cheffes de familles ) ouvrent les yeux !

  9. Bonjour les escrologistes , décidement avec eux ont n’est jamais en panne de surprise et surtout de crise de rigolade.

  10. J’ai arrêté la lecture quand j’ai lu la très « républicaine » remarque sur « l’obscurantisme médiéval ». Qu’attendre de quelqu’un d’aussi inculte, n’ayant pas plus ouvert les livres de Jacques Heers que ceux de Régine Pernoud ?

  11. je vis dans le Gard et j’espère ne jamais croiser cette pimprenelle aux neurones en surchauffe, çà me gâcherai la ballade dans  » LA  » nature si belle et pleine de mystère qui visiblement échappent à cette loufoque ! OUF !

  12. J’ai entendu dire que l’homme apporte la vie et la femme la porte, intéressant concept pour animer une discussion chez les féministes si cela était possible.

      • AH Bon ! …
        C’est vrai que les « régentes » n’ont JAMAIS été à « la guerre » ! …
        Le « Pouvoir » d’une femme sur un Homme est tout aussi nocif que l’emprise d’un homme sur une Femme …
        Le « puzzle » réussi d’un homme avec une femme est parfait s’il n’y avait une tierce personne ! … quel qu’en soit le « sexe » ! …

  13. Ah, pardon! d’après des informations reçues de longue date, dans les choux, ce ne sont pas des petits enfants, mais des garçons! les filles apparaitraient dans des roses. A moins que vous ne considériez, comme le faisait un de mes amis avec beaucoup d’humour mal placé, que les filles ne soient pas des enfants… :)

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