Ces 25 et 26 août sont un indiscutable appel à distinguer la grande politique qui transforme des faits en légende de la petite qui les dévalue en spectacle. Une légende, contrairement à un mythe, n’est pas une création purement imaginaire. C’est un embellissement de l’Histoire qui forge la sensibilité d’un peuple. Il est vital que le roman national, dès lors qu’il n’est pas une inversion du réel, soit une manière de modeler l’ d’une nation en la rendant fière de son passé et en lui permettant d’affronter l’avenir avec confiance.

L’épopée du général Leclerc de Koufra à Strasbourg, en passant par la libération de Paris, est une page essentielle de cette légende. Les Français ont continué à combattre, et à vaincre, les Italiens d’abord, les Allemands ensuite. Que cette 2e DB fût un élément secondaire dans l’immense des Alliés, qu’elle ait représenté elle-même une part plus faible de l’effort de guerre français que la 1re formée avec des troupes et des officiers qui n’avaient pas répondu initialement à l’appel du 18 juin, toutes ces réserves n’atténuent pas le fait essentiel que la capitale de la France fut libérée par une division française venant au secours du soulèvement organisé par la Résistance intérieure. La puissance du symbole permettra à notre pays d’être parmi les vainqueurs et de retrouver une place dans le monde que le désastre de 1940 pouvait lui avoir enlevée définitivement.

La gesticulation diplomatique de Macron à Biarritz ne rentrera pas dans l’Histoire. Elle a, certes, un point commun avec la légende, c’est l’embellissement du réel, mais ici, ce n’était que pour donner un spectacle aux spectateurs crédules encouragés à applaudir par un chœur de tresseurs de lauriers, les Barbier, Boniface et autres Makarian. « Chef d’orchestre », dit l’un d’eux. Le mot est juste, car la mise en musique n’a pas toléré le moindre couac. Toutefois, on serait bien en peine, une fois tombé le rideau, de trouver la moindre trace du spectacle dans la vie réelle. On s’est donné rendez-vous en Floride l’année prochaine tout en se disant que le format du G20 était décidément plus adapté à la réalité du monde que le G7, obligé d’inviter des pays qui n’en font pas partie pour se donner de l’importance.

Le seul événement à retenir, c’est le coup de théâtre célébré comme un coup de maître par les thuriféraires habituels, mais qui, paradoxalement, s’est déroulé dans les coulisses avec la venue du ministre des Affaires étrangères iranien, pour rencontrer les Français et sans le moindre contact avec les autres invités. Généreusement, Trump avait donné sa bénédiction et l’on aura observé le souci marqué par Macron de ne pas déplaire au président américain alors que celui-ci a boudé la réunion consacrée à la transition climatique.

Le G7 a surtout décidé qu’on allait se revoir, pour l’Ukraine, pour les taxes sur les GAFA et pour le nucléaire iranien. Observons, simplement, que, fidèle à la gauche mondaine à laquelle il appartient, le Président français préfère n’importe quel pouvoir autoritaire, y compris le théocratique qui règne à Téhéran, à un démocratique très à droite. Le Brésil et Jair Bolsonaro en ont fait les frais, puisque la réussite de la mise en scène exigeait d’afficher une grande amitié avec Donald Trump. Celui-ci se dit prêt à rencontrer le président iranien lorsque les conditions seront réunies… Macron promet de rembourser une partie des taxes sur les GAFA, en cas d’accord… Bref, on dessine l’esquisse d’un chemin pour une éventuelle avancée…

Mais cette rencontre « internationale » avait-elle un autre but que de servir de faire-valoir à ses vedettes auprès de leurs publics nationaux ? Cette instrumentalisation nationale a pris un tour caricatural avec Donald Tusk, présent à la place de Juncker, malade… Président du Conseil de l’ sur le départ, il est surtout un opposant polonais, et malgré cette légitimité plus que légère, il a cru devoir souhaiter que ce soit l’ et non la qui rejoigne le G7, histoire de montrer qu’il est encore plus antirusse que la majorité au pouvoir à Varsovie !

27 août 2019

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