En ces temps de pandémie galopante, les occasions de rigoler nous sont chichement comptées. Bien sûr, il y a Laurent Gerra, tous les matins, sur RTL ; mais il ne faudrait pas non plus négliger cet autre champion, même si pratiquant un humour manifestement involontaire : l’immense qui, décidément, mériterait aujourd’hui d’être remboursé par la Sécu, en qualité d’antidépresseur multi-usages, un peu comme ces poudres à récurer qui nettoient le dessus comme le dessous des carrelages.

« Eh Manu, descends ! » « Oui, mais pour quoi faire ? » Un peu comme dans le sketch des Inconnus, autres fantaisistes de génie. Oui, « pour quoi faire », au fait ? La valse de la Reconquista, on imagine. Effectivement, il y a du terrain à reconquérir. Battu aux primaires du Parti socialiste en 2017, où il se fait damer le pion par Benoît Hamon, homme dont le charisme n’est pas tout à fait celui d’un Freddie Mercury, le défunt chanteur de Queen. Pour aller ensuite tenter sa chance avec le mince succès qu’on sait aux élections municipales en Espagne, à Barcelone plus exactement, et maintenant revenir en nos contrées, tel un sauveur tout prêt à faire don de sa personne à la patrie.

Et Le Point de noter, le 12 mars dernier, à propos de l’entretien accordé par l’hidalgo en question (pas Anne, on précise) : « S’il avait juré mordicus que désormais sa vie était à Barcelone, sa ville natale, où il n’est plus que simple conseiller municipal d’opposition, Manuel Valls fait à nouveau une offre de services à ce pays, la France, dont il fut le Premier ministre près de trois ans. »

Il est vrai que la contre-attaque semble avoir été ourdie de longue date. Un premier entretien sur le site du Parisien, le 28 février, un autre au Monde, le 6 mars. Voilà pour les bombardements. Puis l’offensive terrestre, survenue six jours plus tard, dans Le Point. Au Monde, il assure : « Je ne suis candidat à rien. Je n’ai pas de plan. » Pas de plan ? Vraiment ?

Et de poursuivre : « C’est d’abord le débat politique en France qui me passionne, car c’est ma vie » ; laquelle n’est plus en Espagne, donc. À l’époque, la rumeur d’un possible remaniement ministériel agite les médias français. Guignerait-il une place ? Un simple maroquin ? Un fauteuil à Matignon ? Après tout, sachant que François Hollande rêve bien d’un retour à l’Élysée, tous les espoirs, à défaut d’être permis, ne sont pas forcément à exclure.

Mais tout d’abord, il convient de se placer, surtout auprès de son ancien meilleur ennemi, un certain . D’où ces déclarations au Point : « La candidature d’Emmanuel Macron a été une chance pour la France. Nous avons évité un second tour entre François Fillon et Marine Le Pen. […] Il ne faut jamais oublier qu’en 2017, c’est lui qui a incarné un projet d’espoir face à l’extrême droite. C’est fondamental. »

Dans La Folie des grandeurs, film de Gérard Oury sorti en 1971, Louis de Funès, en don Salluste, grand d’Espagne, est battu à plates coutures en matière de reptations cauteleuses. Pourtant, et qu’on se le dise, et paraphrasant Albert Camus, notre homme est toujours de gauche : « Je mourrai à gauche, malgré elle, malgré moi. » Ce serait bien que quelqu’un se dévoue enfin pour lui dire qu’il est déjà mort depuis longtemps ; politiquement, s’entend.

C’est évidemment en termes plus mesurés, mais tout aussi caustiques, que la question se pose sur RTL, le 10 mars dernier : « Manuel Valls est disponible pour la France, mais il dit qu’il ne sait pas encore comment. » Arrêter la politique une bonne fois pour toutes ne serait finalement pas une option si saugrenue.

Quoi qu’il en soit, cher Manu, merci pour ce moment !

PS : en plein coronavirus, il est à craindre que le plan « vallsien » ne soit pas promis à un brillant avenir. Sens du timing hasardeux ou simple manque de chance ? Les deux, sûrement. Quand ça veut pas, ça veut pas.

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