Ce samedi, le ministre de l'Intérieur, en tant que ministre des Cultes, installait le FORIF - Forum de l'islam de France -, une nouvelle instance représentative des musulmans de France. Le FORIF est censé remplacer feu le CFCM naguère fondé par Nicolas Sarkozy et dissous il y a quelques mois à cause de ses divisions, de son inefficacité et de l'emprise étrangère sur certains de ses membres. Donc, avec le nouveau « machin » voulu par Emmanuel Macron et Gérald Darmanin, la France va disposer d'un organe bien français. Fini les influences étrangères, la rivalité algéro-marocaine, les influences saoudiennes ou turques. Le FORIF permettra à Emmanuel Macron d'ajouter une petite ligne sur son bilan pour dire qu'il a fait quelque chose pour contrôler l'islam de France.

Mais le remplacement du CFCM par ce FORIF ne règle pas tout, et ne règle même rien. Il ne suffit pas de jouer sur les mots, les sigles, les acronymes quand la réalité est là. La réalité ? Celle d'un islam de plus en plus présent, exigeant, voire souvent hostile à la France et majoritairement dominé par des tendances islamistes et étrangères, comme en témoignent ces sondages récurrents chez les lycéens musulmans pour qui la charia est supérieure aux lois de la République, dans Le Point ou Marianne.

La réalité, c'est aussi que le CFCM n'a pas dit son dernier mot. Comme le rappelle Le Figaro, « le CFCM qui représentait l'islam de France sur la base d'élections, à qui le gouvernement reproche d'entretenir trop de liens avec les pays d'origine - essentiellement le Maroc, l'Algérie, la Turquie -, va décider, lors d'une assemblée générale, le 19 février prochain, s'il s'autodissout ou s'il se transforme pour s'adapter à cette nouvelle situation ». Quelle que soit sa décision, cela montre bien le caractère Potemkine du FORIF de Darmanin et Macron : il n'a rien de représentatif.

Donc, rien d'autre à faire pour cacher une réalité que de l'enrober de sigles et de discours et de noyer le poisson islamiste dans l'océan populiste. Darmanin a plongé sans hésiter : « Les discours de haine des populistes rejoignent le projet des islamistes : pousser à la guerre de tous contre tous ; caricaturer, travestir pour, finalement, s'opposer les uns aux autres dans une radicalité mortifère. » Comme les mots sont commodes, ils permettent de tracer des signes = partout et hop ! le tour est joué : les vilains populistes, voilà l'ennemi. Le réel étant ce qu'il est, le ministre a été contraint de nuancer son « en même temps » : « J'ai dit qu'ils [ et populisme] avaient les mêmes buts. Ce qui n'est pas la même chose. » Si, pour lui, « la menace d'extrême droite » existe, « la menace principale, la plus prépondérante, celle qui a fait des morts en France depuis dix ans est une menace islamiste ». Tout de même !

Mais après cette petite incursion du côté du réel, le ministre n'avait plus qu'à dérouler la litanie habituelle : « Oui, l'islam est une religion comme les autres. » Un peu de théologie de comptoir, beaucoup d'Histoire, aussi, dans le discours de Gérald Darmanin. L'idée consiste à dédramatiser et noyer à nouveau le poisson de l' massive de la France et de l' dans le long cours irénique des relations internationales : « Présence musulmane dans le sud de notre pays dès le VIIIe siècle, échanges culturels et commerciaux via la Méditerranée, orientalisme napoléonien et sacrifice de dizaines de milliers de soldats musulmans morts pour la France : notre pays a, depuis longtemps, rencontré l’islam. » C'est beau, mais il y aurait tellement à dire, et d'abord sur les censures du ministre lui-même.

Pour en revenir au FORIF, si vous aviez encore quelques illusions, sachez que, non seulement il n'est pas représentatif de l'islam de France, mais qu'en plus, l'État n'a en rien repris la main. Cité par Le Figaro, Sylla Kalilou, « jeune imam à la grande mosquée de Strasbourg et seul de l'assemblée à porter un habit traditionnel », a résumé la journée ainsi : « Tout ce que nous avons fait ici, c'est nous, ce sont nos travaux, ce qui est positif. Ce qui est dommage, c'est que la communication de cet événement trompe les gens en donnant l'impression que le FORIF a vocation à remplacer le CFCM et à représenter les musulmans de France. Je ne représente personne. » À quoi servira le FORIF ?

3678 vues

6 février 2022

VOS COMMENTAIRES

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.

25 commentaires

  1. Vous pouvez débaptiser le CFCM en FORIF ou ce que vous voulez, ca ne changera rien. Le systéme politico religieux dont il est question est fonciérement hégémoniste et agressif. La preuve : journalistes, politiques, tous, ou presque, s´écrasent devant cette religion qui menace ses contradicteurs. Tant que les politiques n´auront pas le courage de dire stop, l´islamisaton continuera en douceur. Il existe des lois contre les sectes dangereuses, il faut les appliquer .

Les commentaires sont fermés.