La Commission a tranché. Elle a annoncé, ce 2 février, que le gaz et le nucléaire seraient dorénavant classés « énergies de transition » vertes et pourront, sous certaines conditions, bénéficier de subventions européennes. Un camouflet pour une Europe de moins en moins crédible sur un sujet qui, compte tenu de l’indispensable intégration des échanges de gaz et d’électricité entre voisins, devrait pourtant relever de sa compétence. En France, depuis plusieurs semaines, les imports d’électricité nous ont évité des black-out journaliers alors que dix de nos réacteurs nucléaires sont à l’arrêt et que le vent et le soleil sont aux abonnés absents.

Pour le nucléaire, la taxonomie couvrira à la fois le parc existant et la construction de nouvelles centrales. Autrement dit, les frais de prolongation (le fameux « carénage ») pourront bénéficier de fonds européens à condition que la mise en conformité soit réalisée avec les « normes de sécurité les plus élevées possibles ». Quant aux nouveaux réacteurs, ils seront considérés comme « verts » à condition de recevoir un permis de construire avant 2045 et de disposer d’un site sécurisé de stockage de déchets. Cela sous-entend implicitement que la Commission considère le nucléaire comme une énergie transitoire jusqu’en 2045.

Pour être éligible, le gaz devra remplacer une autre centrale fossile émettant davantage, bénéficier d’un permis de construire avant le 31 décembre 2030 et émettre moins de 270 g CO2/kWh. Ce dernier point est peu crédible dans la mesure où les centrales les plus performantes émettent 340 g CO2/kWh. Ceci implique donc de compenser les émissions par du captage et de la réinjection de CO2, voire de remplacer le gaz naturel par du biogaz. Quant à la limite 2030, elle traduit, comme pour le nucléaire, un caractère transitoire.

Ces règles traduisent de façon caricaturale le bras de fer qui opposait la France et l’Allemagne sur ce dossier : caréner l’existant, construire de nouvelles centrales EPR à l’horizon 2045 et disposer d’un site de stockage pour la France, construire en triple vitesse des centrales à gaz pour sortir du charbon en 2030 pour l’Allemagne.

Le match entre pro et antinucléaires démontre combien l’égoïsme national prime sur les ambitions climatiques : l’Allemagne sortira du nucléaire cette année, l’Autriche n’en possède pas alors que la France et la Finlande produisent 70 % de leur électricité à partir du nucléaire. Sans commentaire !

La Commission ne pouvait donc choisir qu’un « en même temps » déconnecté de toute considération climatique : promouvoir le gaz comme une énergie verte relève un peu d’un « vaudeville courtelinesque ».

Bien que cette stratégie reconnaisse implicitement l’utopie d’une croissance 100 % verte et la nécessité d’appuyer la montée en puissance des renouvelables par des sources pilotables, elle accentue une fracture énergétique déjà béante au sein d’une Europe à la stratégie morcelée.

Mais, surtout, elle encourage de façon significative la dépendance de l’Europe vis-à-vis de ses fournisseurs de gaz, Russie en tête. Dans un contexte énergétique mondial où l’offre gazière baisse, faute d’investissements, la stratégie est à haut risque. Les niveaux inédits de prix atteints par le gaz, fin 2021, deviendront structurels dans les années à venir, sans présager des conflits sociaux que cette situation pourrait engendrer.

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6 février 2022

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22 commentaires

  1. Il est évident que l’ALLEMAGNE soutiendra tous les projets russes, Gastrom en particulier dont l’ex chancelier Shroeder va devenir administrateur incessamment ( cf info presse économique)
    Les autres pays de l’U.E sont condamnés à payer leur gaz au prix décidé par le Kremlin qui détient là une arme de dissuasion face à l’intervention d’ E. Macron au sujet du conflit ukraino/russe…
    Admirez le numéro d’équilibriste de notre jeune premier qui s’est déclaré « lucide, mais optimiste  » (???)

  2. Il faut arrêter avec les moulins à vent que nous vendent la Allemands et faire le tout nucléaire le reste c’est du pipo .
    Nous sommes dominé par l’Allemagne qui veut tout nous imposer .

  3. L’électricité, aux dires de nos brillants cerveaux dirigeants, devrait subir une hausse de prix de 44 %. Avis aux gogos qui courent acheter des voitures électriques.
    Par ailleurs, Fessenheim aurait pu continuer à fonctionner pendant une ou deux décennies. Pour sa fermeture par le scootériste de l’Élysée nous pouvons remercier Frau Merkel qui a lancé le projet de nous vendre sa production très polluante au prix fort.

  4. On peut compter sur tous les écolos-gauchos pour résoudre les soucis énergétiques…il est temps qu’on confie cette tâche à de vrais spécialistes, des VRAIS.

  5. Très bon article. Et (sans être « écolo ») Voici quelques réflexions. Utilisons la « biomasse ». Gaz issu de décomposition naturelle de déchets organiques. Le fumier (animaux de nos paysans) stocké de façon hermétique produit un gaz utilisable. Mais aucune grande industrie ne s’ en préoccupe…Diminuons les publicités lumineuses après minuit ( consommatrices ) Je me moque que tel magasin ou autre s’ affiche la nuit! Diminuons le chauffage de magasins et des banques. Un pull en plus = efficace…

  6. Quid de l’effet Ostrogradsky des éoliennes dont les tourbillons ne sont pas anodins et du problème des terres rares utilisées profusion dans les alternateurs et les voitures électriques Allemandes ? On pourrait trouver un intérêt écologique au photovoltaïque associé à un parc de véhicules électriques assurant un stockage complémentaire, si la fabrication des panneaux ne coûtait pas autant d’énergie.

  7. S’il n’y avait que pour l’énergie que l’EU montrait son impuissance !
    L’EU est “LE” synonyme d’impuissance !

  8. Dans cette prétendue course à l’écologie, on se rend bien compte qu’elle sert surtout à soutenir l’industrie allemande et chinoise ! J’attends toujours la preuve de l’efficacité des éoliennes, le rapport qualité prix de ces installations, le bilan des nuisances qu’elles provoquent, les verrues paysagères engendrées par ces mastodontes, le bilan écologique de ces engins faits de béton, de ferraille, etc. et comment on les recycle !

  9. La question est de savoir combien de temps encore nous allons supporter les allemands à nous dicter ce que nous devons faire ou ne pas faire en ce qui concerne les énergies qui les arrangent

    1. Nous dépendons de la bonne volonté de l’Allemagne pour tant de choses que nous ne sommes pas en mesure de « trop la ramener ».

  10. Encore un désastre français à mettre sur le compte des incompétents qui nous ont gouverné depuis 60 ans

  11. Le prix du gaz augmente par l’imbécilité des politiques et de la commission européenne entièrement soumis aux lobbies écologistes (Greenpeace et CIWF) qui ont tout fait pour tuer la recherche pétrole Gaz d’où l’augmentation des prix dus à la diminution de l’offre, il est vital de virer tous ces gens qui nous conduisent à la mort sociale.

    1. Imbécillité des politiques et soumission aux USA. Les Hongrois ont pu signer avec la Russie un contrat de fourniture de gaz à long terme et à prix avantageux. Seule condition : faire passer le gaz par un pipeline contournant l’Ukraine. Scandaleux pour l’UE, l’OTAN et les USA.

  12. S’il est un domaine dans lequel la concurrence étrangère n’est pour rien dans les difficultés rencontrées par la France, c’est bien celui de l’électricité.
    Passer d’une situation d’abondance à prix modérés à celle de manque avec des tarifs en forte hausse n’est rien d’autre que le résultat de décisions politiques.
    Privatiser les barrages hydroélectriques devrait constituer l’apothéose de ce saccage en bonne et due forme de ce qui constituait un atout majeur de ce pauvre pays.

  13. L’impuissance européenne ,non le massacre européen d’une centrale non polluante , produisant une énergie peu chère et propre et propre au profit de centrales à charbon fort polluante , d’éoliennes qui ne brassent que du vide et qui polluent 1000 fois plus , du solaire dont les panneaux polluent les déserts à côté des éoliennes d’ailleurs .Ne confions surtout pas la gestion de notre énergie à cette Europe ils ont causé assez de dégâts en fermant Fessenheim.

    1. Les frais de prolongation (le fameux « carénage ») pourront bénéficier de fonds européens à condition que la mise en conformité soit réalisée avec les « normes de sécurité les plus élevées possibles ».
      C’est s’exposer aux problèmes de Flamanville avec des centrales qui seront en fait arrêtées pour soi-disant non-respect des normes imposées après des travaux successifs qui mettront définitivement à genoux EDF. Bravo les allemands, tout est bon pour arriver à vos fins.

  14. Les Allemands nous fournissent les éoliennes , donc pour eux le nucléaire c’est un manque à gagner . On connait l’efficacité de ces éoliennes , tout comme notre président Macron, elles brassent beaucoup d’air pour un faible rendement et défigurent nos paysages . Hélas ,depuis 15 ans nos dirigeants ont laissé notre parc de centrales se dégrader, et aucune construction, si ce n’est l’EPR qui pose problème. Avec tout ça , il faudrait s’équiper en voitures électrique , mais où trouver le courant.

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