Editoriaux - International - 15 février 2019

Le cheval de Troie arrivera-t-il à Caracas ?

55.000 kilomètres carrés, un territoire grand comme la Bretagne et la Normandie réunies, c’est « la ceinture de l’Orénoque », au Venezuela. Un territoire qui regorge de pétrole (les plus grandes réserves mondiales) et de gaz naturel (5es réserves mondiales). De quoi faire de ce pays « l’Arabie saoudite de l’Amérique du Sud » !

Seulement voilà, il y a les États-Unis. Chaque fois qu’il y a une goutte de pétrole dans un quelconque endroit du monde, vous pouvez être sûrs que les USA vont pointer le bout du nez… et le reste. Comme les Japonais avec le poisson.

La tactique US est toujours la même : on commence par étrangler le pays avec un embargo sévère (voir l’Iran, la Russie, etc.) afin d’affamer les populations et créer un fort mécontentement contre le pouvoir en place, puis on « fomente » un renversement de régime, puis on envahit le pays en prétextant une aide humanitaire massive qui sert aussi et surtout à approvisionner les opposants en armes et munitions. Le tout habillé d’un humanitarisme complaisant qui permet de rallier bon nombre de « puissances amies ».

C’est exactement ce scénario que Trump, Pompeo et Bolton sont en train de mettre en scène au Venezuela.

Tout avait commencé en 2013, à l’arrivée au pouvoir de Maduro, avec les sanctions prises par Obama. Mais il faut alors comprendre les USA : voir des pétrodollars financer largement tous les mouvements socialistes en Amérique du Sud, leur chasse gardée traditionnelle, « ça faisait désordre ».

Aujourd’hui, à la question politique vient s’adjoindre le problème de l’approvisionnement en pétrole. Le pétrole de schiste, s’il a permis aux USA une relative indépendance, est en voie d’épuisement et son exploitation coûte une véritable fortune (on parle de 300 milliards de dollars de déficit), sans évoquer le massacre environnemental… Alors, on comprend aisément pourquoi Trump et ses sbires ont lancé l’opération « virer Maduro » !

Seulement voilà, s’il est vrai qu’un certain nombre de pays européens (dont la France !) ont reconnu la légitimité du « président » Guaidó (c’est comme si on imposait à la France Richard Ferrand comme Président au motif que Macron ne faisait pas l’affaire !), la Russie et la Chine, par exemple, n’ont pas fait de même.

Des voix discordantes se font entendre à l’ONU et en Allemagne. Le peuple, lui-même, ne semble absolument pas d’accord : un récent sondage (Hinterlaces, 2 février) auprès de 1.548 Vénézueliens donne Maduro légitime à 57 %, Guaidó à 37 %, tandis que 11 % ne se prononcent pas.

Alors, les USA tentent d’utiliser l’aide humanitaire massive pour envahir le pays : des convois entiers sont prêts aux frontières brésilienne et colombienne. Une aide humanitaire refusée par la Croix-Rouge internationale et les Nations unies au prétexte d’ingérence inacceptable !

Il est vrai que les États-Unis sont soupçonnés d’avoir utilisé massivement ce « cheval de Troie » pour approvisionner en armes et munitions l’État islamique en Syrie.

Hergé doit bien se marrer, lui qui avait mis en images les coups d’État du général Alcazar et du général Tapioca. On est en plein dedans.

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