Editoriaux - Politique - 15 février 2019

Monsieur Juppé, vous vous plaignez… mais vous récoltez ce que vous avez semé !

Monsieur Juppé se plaint encore, se plaint toujours, s’apitoie sur son sort. Il est dans son rôle, son calimérôle. Il dit que « l’esprit public est devenu délétère ». Ce en quoi il n’a pas tort. Il se plaint d’un « climat général infecté par les mensonges et les haines que véhiculent les réseaux sociaux ». Il se peut que ? pour une fois ? je sois d’accord avec monsieur Juppé. Mais quelle idée de se plaindre de récolter ce que lui et son idéologie funeste ont semé au long des années. Monsieur Juppé songera-t-il, un jour, à s’émouvoir de l’état dans lequel lui et ses amis ont mis notre pays plutôt que de larmoyer sur son sort ?

“Quoi qu’il en soit, Monsieur Juppé m’a inspiré ces réflexions que je lui adresse et, par-delà lui, à toute cette gent politique qu’il représente si bien, tellement prompte à se poser en victime d’un injuste courroux, d’une indigne colère populaire, et si peu à se remettre en cause, une sorte de billet d’humeur rattaché à l’actualité par les bons soins de monsieur Juppé :

Nous vous demandons de lutter contre la désindustrialisation du pays, son déclassement, de faire baisser son taux de chômage, en tout cas d’éviter la paupérisation de ses habitants, et vous voilà qui nous interdisez la fessée.

Nous vous demandons de réduire le fossé des inégalités en ce qu’il a de particulièrement choquant, et vous voilà qui vous mêlez de notre manière de penser, comme de notre manière de pisser.

Nous vous demandons de protéger notre langue, notre culture, nos traditions, tout ce que nous avons de plus précieux, de veiller à leur transmission dans de bonnes conditions, et vous voilà qui vous permettez de nous sermonner, de nous faire la leçon, leçon de morale ou d’histoire, au nom de je ne sais quel pouvoir qui vous serait mystérieusement conféré, de je ne sais quelle compétence qui vous serait soudain tombée des cieux.

Nous vous demandons de veiller à la liberté d’expression comme à la prunelle de vos yeux, de faire en sorte que soit assurée la sécurité de la population, des vieillards, des femmes et des enfants jusque dans les plus inaccessibles replis du terrain, et vous voilà qui signez en notre nom et à tort et à travers, sans la moindre concertation préalable, la moindre délégation pour le faire, des traités engageant la survie de notre nation et jusqu’à notre présence sur Terre.

Nous vous demandons de rendre à notre pays un minimum de sa grandeur d’antan, d’avant que vous soyez là, on vous élit pour ça, et vous voilà qui nous inventez des régions à votre fantaisie, multipliez à l’infini obligations et tracasseries de tous les jours, comme ces contraintes de plus en plus pénibles et de plus en plus coûteuses liées à l’utilisation de l’indispensable automobile.

En somme, nous vous demandons de faire votre boulot, tout simplement, et, cerise sur le gâteau, sans doute investi du pouvoir imaginaire évoqué plus haut, vous voilà qui vous croyez autorisés à nous insulter, à nous traiter de “lépreux” ou de “haineux” si nous osons manifester notre étonnement, notre inquiétude ou notre mécontentement à nous, vos employeurs.

En fait — et cela, il faut vous le reconnaître —, si vous, les dirigeants de notre pays depuis une cinquantaine d’années, rivalisez d’incapacité à faire ce que nous attendons de vous, tout ce pour quoi vous êtes dûment mandatés, missionnés, payés, en revanche, vous faites preuve d’une imagination remarquable et d’un zèle exceptionnel dans l’acquittement, le “remplissage” jusqu’à déborder par tous les côtés, d’une mission que nous ne vous avons jamais confiée, de tout ce que, précisément, nous n’aurions jamais la folie de vous demander, en un mot : nous emmerder !”

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