Editoriaux - International - 10 juin 2019

L’Amérique n’a pas renoncé à détruire la Syrie

Après huit ans de guerre, les islamistes n’ont plus aucune chance de remporter la victoire militaire qu’ils convoitaient en Syrie. Ils n’ont pourtant pas manqué d’aides : des dizaines de milliers de djihadistes venus du monde entier, des aides directes du Qatar, de l’Arabie saoudite et de la Turquie, des aides plus discrètes mais importantes des pays occidentaux, États-Unis et Israël en tête.

Le Pentagone et la CIA avaient organisé, non seulement des livraisons d’armes, mais aussi la mise sur pied de milices composées de « rebelles modérés » recrutés à grands coups de dollars. Ce programme coûteux, baptisé Timber Sycamore, s’est transformé en fiasco puisque la plupart desdits « rebelles » passèrent, ensuite, chez les groupes islamistes avec armes et bagages.

L’affaire, révélée par le New York Times, fit grand bruit aux États-Unis et la presse internationale la relaya complaisamment. Trump mit fin à l’expérience à son arrivée à la Maison-Blanche. Il est vrai que, dans l’intervalle, l’intervention russe déclenchée en septembre 2015 avait ruiné tout espoir de victoire militaire de l’insurrection islamiste.

Pour autant, l’Amérique n’a pas renoncé à renverser le régime syrien. Certes, Trump avait annoncé le départ de ses troupes, fin 2018, mais il n’en a finalement rien été et il semble bien que le Pentagone ait convaincu le président de laisser une force sur place. La raison officielle est le soutien à l’allié kurde afin que les Turcs n’en profitent pas pour les tailler en pièces. Certes, mais il y a une autre raison.

L’obsession américaine du moment est l’Iran, comme chacun a pu le remarquer. Les sanctions très dures contre ce pays le fragilisent et étouffent son économie. Les menaces contre toute entreprise, quelle qu’elle soit, de commercer avec l’Iran ont montré leur efficacité et aucune multinationale n’ose enfreindre cette interdiction.

Les conséquences sont rudes pour les alliés de l’Iran, au premier rang desquels la Syrie. Les livraisons de pétrole sont bloquées et la pénurie d’essence devenue structurelle crée une vague de mécontentement, y compris chez les fidèles d’Assad : « On a soutenu Assad pendant huit ans, on a consenti des sacrifices pendant la guerre et c’est le cadeau, maintenant, que l’on reçoit », a déclaré au Figaro un habitant de Damas. D’autres produits de première nécessité sont également absents des rayons et l’économie syrienne tourne au ralenti malgré la victoire.

Pourtant, fin décembre, l’euphorie régnait : la Ligue arabe parlait de réintégrer la Syrie et de financer sa reconstruction. Les Émirats arabes unis rouvraient leur ambassade et d’autre pays arabes en parlaient.

Mais le faucon de la Maison-Blanche, Mike Pompeo, ne l’entendait pas de cette oreille et sa tournée de janvier au Moyen-Orient a tout changé. L’ordre était formel : pas de réintégration de la Syrie dans le monde arabe et pas d’argent pour sa reconstruction. L’Irak s’est, en outre, vu interdire de rouvrir son poste-frontière d’Abou Kamal. Le Liban n’a pas été épargné par le chantage américain et son système bancaire, partenaire traditionnel de la Syrie, sera sanctionné si des transactions entre les deux pays (traditionnellement en dollars) sont observées.

Curieusement, la Russie n’a pas réagi et semble même laisser faire. Y a-t-il un bras de fer en cours avec Assad ? Poutine le lâchera-t-il ?

L’avenir le dira mais, en attendant, les vainqueurs de la plus grande coalition islamiste de l’Histoire ne sont guère récompensés.

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