Editoriaux - Politique - 10 juin 2019

Dans la majorité ou dans l’opposition, on ne se grandit pas en se courbant devant les puissants

Invité d’Apolline de Malherbe, ce lundi, sur BFM TV, Gabriel Attal, l’un des jeunes loups de la bande à Macron, est revenu sur le soutien de soixante-douze maires et élus de droite et du centre, qui affirment « vouloir la réussite du président de la République ». Il a également évoqué les sifflets des supporters turcs, lors du match Turquie-France. Dans les deux cas, il a confirmé son allégeance à notre Président.

Il est évident que le soutien des signataires de la tribune du JDD vise à se raccommoder avec la majorité pour éviter une candidature LREM dans leur commune, lors des prochaines municipales. Ils ont dû constater que le nombre de voix obtenues par la liste de Nathalie Loiseau dépassait localement le score de François-Xavier Bellamy et en tirer la conclusion qu’il valait mieux être avec Macron que contre lui. Ils craignent d’être balayés, mais les électeurs, qui n’aiment pas les opportunistes, pourraient leur dire : « Du balai ! »

Alors qu’ils espéraient être accueillis à bras ouverts, la déclaration de Gabriel Attal a dû leur faire l’effet d’une douche froide : leur soutien à Emmanuel Macron « ne vaut pas investiture de La République en marche » pour les municipales, a-t-il prévenu. Ceux qui avaient affiché leur soutien bien avant les européennes n’ont pas trop de soucis à se faire. Mais les autres ? Les voilà bien déconfits ! Ils croyaient, en vendant leur âme, en tirer un grand bénéfice, mais les macroniens pur jus ne sont pas prêts à accueillir les ouvriers de la onzième heure.

« Les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers », dit l’Évangile selon saint Matthieu : pour Macron et ses sbires, les premiers sont et doivent rester les premiers. N’ont-ils pas choisi le bon camp au bon moment ? Nul ne sait, cependant, comment ils se comporteraient si, d’aventure, le vent tournait. Peut-être trouveraient-ils quelque argument spécieux pour expliquer qu’ils retournent leur veste dans l’intérêt de la France ! En attendant, les ralliés de la dernière heure doivent bien se tenir et faire preuve de soumission ! Bien fait pour eux, serait-on tenté de dire.

Gabriel Attal a également commenté les sifflets contre « La Marseillaise », samedi soir, lors du match Turquie-France. « On ne peut pas accepter ça », a-t-il affirmé. Il juge « inadmissible » » les sifflets contre l’hymne national. Comme la journaliste lui demande malicieusement si Macron ne s’est pas senti obligé de réagir, après les commentaires de plusieurs personnalités du Rassemblement national, il défend son patron : ce n’est pas un ouvrier de la onzième heure, lui, il est toujours là quand il le faut, mais il ne se précipite pas pour tweeter n’importe quoi. Il s’est bien gardé d’expliquer comment la protestation tardive de notre Président se concrétiserait dans les actes.

Gabriel Attal est l’un de ces proches de Macron qui sont prêts à tout pour lui plaire. Admiratifs du personnage, ils s’imprègnent de sa personnalité et deviennent, s’ils ne l’étaient pas naturellement, des singes de cour : « Si leur maître se moque, ils feront le pareil », écrivait Du Bellay, au XVIe siècle, « s’il ment, ce ne sont eux qui diront du contraire ». Jusqu’au moment où Sa Majesté, n’ayant plus besoin de ces courtisans affidés, leur fera dire, comme Frédéric II à Voltaire : « On presse l’orange et on jette l’écorce. »

Les courtisans de Macron, qu’ils viennent de la majorité ou de l’opposition, feraient bien d’y réfléchir : se courber devant les puissants permet rarement de se grandir soi-même.

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