Economie - Editoriaux - Polémiques - 4 septembre 2019

La fraude sociale, finaliste au concours du meilleur fromage de la République

La France produit 1.200 variétés de fromages comestibles. Sans compter les « fromages de la République », terme consacré pour désigner une source de gaspillages plus ou moins frauduleux. Moins nombreux (à vérifier) et digestes, ceux-ci sont autrement plus lucratifs pour de nombreux tricheurs, et dommageables pour les citoyens-contribuables français honnêtes. Il en va de la fraude sociale.

Pour régler la facture de la crise des gilets jaunes, un magistrat financier courageux, Charles Prats, suggérait en décembre dernier de chercher des économies du côté des vingt millions de numéros de Sécurité sociale attribués à des personnes nées à l’étranger, dont 10 % seraient frauduleux. Il avait alors révélé qu’en 2011, un million huit cent mille vrais numéros étaient basés sur de faux documents, pour un préjudice estimé à quatorze milliards d’euros.

Ce lanceur d’alerte, dont on salue l’esprit citoyen, récidive avec la révélation de plus de dix millions de bénéficiaires sociaux potentiellement « fictifs », dont plus de trois millions de « centenaires réputés vivants » (!) et de dizaines de milliards d’euros détournés. Entre-temps, les premiers résultats, provisoires, d’une enquête parlementaire ont ramené le montant initialement annoncé à « seulement » sept à neuf milliards. Excusez du peu.

Un autre magistrat bien placé confiait récemment à votre serviteur : « Ce constat conforte ce que j’ai pu vérifier en plus de vingt ans d’exercice. On pourrait aisément réduire les dépenses sans réduire la qualité du service public en traquant les fraudes et en supprimant des fromages dont de multiples instances inutiles, telles que la Commission du débat public. Mais il est plus facile de désigner comme bouc émissaire les soi-disant hyper riches. »

À notre connaissance, la révélation d’autres fromages n’a jamais été à l’initiative de la fonction publique (on le saurait !), mais par celle d’individus consciencieux et de journalistes, comme en 2008 au sujet du statut doré de conservateur des hypothèques, devenu inutile.

Effarante incurie de l’État, qui se permet de donner des leçons de gestion au secteur privé. Avec un peu de volonté et de travail, on pourrait donc renflouer les caisses publiques avec l’argent détourné par des millions de parasites qui siphonnent, chaque mois, les fonds de caisse de Bercy… mais chut, pas de « stigmatisation » : les stigmates, c’est pour la minorité de salauds de privilégiés qui travaillent et paient des impôts.

Enfin, soyons force de proposition constructive. On pourrait confier à une autre mission parlementaire indépendante la tâche de faire l’inventaire de tous les fromages de la République. On en confierait la mise en œuvre et le démantèlement au célèbre et ultra-performant cost killer Carlos Ghosn au titre d’une peine de substitution de « travail d’intérêt général » (TIG). Après tout, lui a démontré qu’il sait faire la différence entre ce qu’on produit et ce qu’on dépense. Ce travail de repenti serait « à coût sûr » le meilleur investissement pour les caisses de l’État !

Des arrangements moins avouables ont déjà été trouvés avec des personnalités publiques qui n’ont jamais effectué leur peine. Au nom de « la raison d’État », que le dialoguiste Michel Audiard appelait « l’anoblissement de la vérole ».

Cela contribuerait à retrouver une confiance perdue des Français envers leurs institutions publiques et une cohésion sociale délitée. Passons du rêve aux réalités !

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