La Française Sylvie Goulard retoquée par les instances européennes : les raisons d’une éviction…

Il est évidemment louable d’avoir des ambitions, surtout pour la France. Il serait encore plus louable d’avoir les moyens de ces mêmes ambitions. Et là, c’est un peu la quadrature du cercle à laquelle Emmanuel Macron est confronté, surtout au moment où Sylvie Goulard, fugace ministre des Armées, se voit sèchement retoquée en tant qu’ex-futur membre de la Commission européenne, par 82 voix contre 29 et une abstention.

Si l’on résume, les turbulences européennes avaient tout pour profiter à la France. L’Allemagne, tout d’abord, dont la chancelière, Angela Merkel, est désormais politiquement et physiquement diminuée. Le Royaume-Uni, ensuite, qui ne sait plus trop bien où il habite : dans l’empire des mers ou dans celui des terres. Bref, la voie était ouverte pour que notre nation-phare en la matière puisse reprendre le leadership européen.

À ce boulevard grand ouvert se heurte déjà l’industrie allemande, ne vivant que par l’exportation de ses machines-outils, de ses berlines de luxe et de son importation massive d’immigrés destinés à équilibrer le régime de retraite mis en péril par une démographie vieillissante. Mais inutile d’attendre de Berlin une vision politique, sachant que le pangermanisme a depuis longtemps remplacé sa politique par celle du chéquier.

Ensuite, il faut pointer du doigt une certaine arrogance française, donneuse de leçons devant l’Éternel, à base de droits de l’homme et autres calembredaines qui font très mignon à la tribune des organismes internationaux, mais n’ayant que peu de poids vis-à-vis des réalités géopolitiques. La primauté française et européenne était encore viable tant qu’elle était sous-tendue par une véritable politique : mais du début du mandat présidentiel du général de Gaulle à la fin de celui de Jacques Chirac, ces temps sont désormais révolus.

Pour tout arranger, la chute de Sylvie Goulard est également à mettre au débit d’une impudence plus franco-française, celle du Président en exercice, empêtré dans une crise, à la fois sociale et sociétale, dont l’issue paraît aujourd’hui pour le moins incertaine. La preuve en est que seuls les députés marcheurs ont voté pour notre candidate hexagonale, au contraire des autres partis en présence, du RN au PS, de LFI aux LR.

Il est vrai que Sylvie Goulard faisait à peu près autant rêver qu’une Nathalie Loiseau. Certes plombée par des histoires d’emplois fictifs au Parlement européen, mais finalement pas plus gênantes que celles touchant Marine Le Pen et la majeure partie des formations politiques en présence, pourquoi l’avoir choisie elle plutôt qu’un autre ? Dans le registre du technocrate chauve de l’intérieur, un Michel Barnier, figure aussi molle que consensuelle, pouvait tout aussi bien faire l’affaire.

Hormis les postes de complaisance plus haut évoqués, Sylvie Goulard paye peut-être pour des faits autrement plus gênants. En effet, comment expliquer qu’elle ait pu percevoir 350.000 euros versés, entre 2013 et 2016, pour un emploi qu’il n’est peut-être pas incongru de qualifier, lui aussi, de « fictif », venu comme par miracle de la fondation Berggruen, laquelle tient son nom du milliardaire américain Nicolas Berggruen dont le magazine Forbes, qui en connaît plus qu’un rayon en matière de prédation économique, définit comme un « financier vautour » ?

À cette question posée par Virginie Joron, député Rassemblement national, Sylvie Goulard n’a su que répondre. Quant à François-Xavier Bellamy, tête de liste malheureuse qu’on sait aux dernières élections européennes, il n’a eu que ce mot, relayé par Jean Quatremer, expert des questions européennes à Libération : « Des pressions ont été exercées sur beaucoup de nos collègues en provenance des chefs d’État et de gouvernement pour écarter nos interrogations. »

L’aveu demeure des plus intéressants, nous éclairant sur le fait que notre destin continental, devenu vaste terrain vague, appartient à tous, technocrates ou groupes de pression des plus divers, hormis aux Européens. Une leçon à retenir.

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