Editoriaux - Politique - Réflexions - 12 janvier 2020

La droite peut-elle faire sa révolution ?

Dans son premier numéro de 2020, Valeurs actuelles a publié un édito de Frédéric Saint Clair dans lequel ce dernier se désole du dépérissement de plus en plus manifeste de la droite.

Selon lui, les démocraties libérales sont à l’agonie « car à la fois la démocratie et le libéralisme sont moribonds », ce qui est vrai si l’on considère que la « démocratie » dont il parle est, en fait, un système représentatif. S’il est exact que ce dernier est rejeté de manière de plus en plus large, il convient de souligner que, a contrario, les Français sont très largement favorables (à hauteur de 70 %) à la démocratie référendaire. C’est donc la « démocratie » de facture libérale qui est moribonde, pas la démocratie tout court.

Quant au libéralisme, il est, certes, de moins en moins bien considéré, mais cela ne signifie pas, pour autant, que le goût de la liberté est en voie de disparition ; les libéraux ne détiennent pas le monopole de la liberté. La liberté a d’abord été une idée centrale du républicanisme classique, laquelle est très différente, voire même opposée à celle que les libéraux ont promue au cours des quatre derniers siècles. La liberté des libéraux est celle de l’individu autonome (au sens étymologique du terme : qui se gouverne avec ses propres lois), tandis que celle des républicanistes est la liberté de citoyens qui refusent l’arbitraire et qui participent à la recherche d’un bien commun au sein de leur communauté. Notons que, comme l’a écrit Jacques Julliard, le legs de la Révolution française est fondamentalement de nature libérale et la liberté, telle que l’ont pensée ses principaux acteurs, est la liberté individualiste des libéraux. Or, ce legs constitue l’armature intellectuelle de la pensée unique imposée par l’oligarchie.

Jacques Julliard a écrit à ce sujet : « Un tel dimorphisme structurel a deux conséquences. La première, c’est que depuis deux siècles, la gauche incarne sur la scène politique la légitimité. Elle est la détentrice du Graal. Lors même que la droite gouverne, la nature profonde des institutions, qui se fondent peu ou prou sur la Déclaration des droits de l’homme, s’identifie avec son patrimoine. Ou, pour le dire autrement : son patrimoine philosophique s’identifie avec celui de la nation française. Dans l’Histoire de France contemporaine, elle est chez elle, tandis que la droite travaille sans relâche à s’y faire accepter » (Les Gauches françaises).

Là est le vrai problème de la droite française, et aussi longtemps qu’elle ne se libérera pas de l’héritage idéologique révolutionnaire, elle continuera de dépérir, d’autant plus qu’elle est désormais dominée par un Rassemblement national qui, lui, a eu le courage de rompre avec l’individualisme hérité de la Révolution française et a renoué avec l’idée de communauté nationale. C’est ce que Jacques Julliard décrit à la fin de son maître ouvrage : « La question qui se pose à nous, au terme de ce parcours, est de savoir si le chiasme anthropologique du milieu du XIXe siècle n’est pas en train de prendre fin ; si la droite, effrayée des progrès arrogants de l’individualisme moderne, n’est pas en train de se reconvertir au primat des valeurs collectives, tandis que la gauche, entraînée par le mouvement tumultueux de la société, n’est pas en train de faire le mouvement inverse et de substituer au programme socialiste des années 1890, devenu obsolète, une nouvelle étape vers la libération de l’individu par rapport aux contraintes juridiques et sociologiques qui pesaient sur lui » (toujours dans Les Gauches françaises).

Ce n’est pas en se référant à 1789, comme le fait Frédéric Saint Clair, que la droite (LR, en fait) pourra échapper à son déclin, mais en tournant le dos à l’idéologie révolutionnaire et en se saisissant des ressources du républicanisme classique, lequel ignorait l’individualisme, le progressisme, le mondialisme et l’idéologie des droits.

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