Aux Français qui lui reprochent d’avoir qualifié la colonisation de « crime contre l’humanité », Emmanuel va pouvoir opposer un nouvel argument, qui vient de lui être soufflé : la France coloniale a œuvré pour répandre l’analphabétisme en Algérie ! C’est ce qu’a affirmé Abdelmadjid Chikhi, le directeur des Archives nationales et conseiller du président algérien pour les questions mémorielles – l’alter ego de Benjamin Stora. Macron va-t-il se réjouir de cette nouvelle accusation contre la France, refuser de la commenter ou protester énergiquement ?

On a rarement vu une telle insolence de la part des autorités algériennes. Sans doute ont-elles besoin, alors qu’elles sont contestées par les Algériens eux-mêmes, d’un bouc émissaire pour occulter leurs propres responsabilités dans la situation actuelle de l’Algérie ; mais l’expérience leur a également appris qu’elles pouvaient continuer de lancer des piques contre la France, puisque son Président, loin de réagir, semble abonder dans leur sens. Elles peuvent donc lui infliger des camouflets ad libitum : il est déjà intellectuellement soumis, c’est tout juste s’il n’en redemande pas !

L’Algérie, comme un garnement qui a longtemps défié l’autorité de ses parents pour tester leur autorité, redouble d’insolence. Récemment, un de ses ministres a qualifié la France d’« ennemi éternel » de l’Algérie. Elle a annulé la visite officielle de Jean Castex au motif que la délégation française n’était pas assez fournie. Elle rechigne à recevoir les ressortissants algériens que le ministre de l’Intérieur dit vouloir expulser… sans que tape du poing sur la table. C’est un encouragement pour entretenir la soumission d’un Président qui, comme un chien bien dressé, se couche au moindre signe de son maître. Dans ces conditions, cette nouvelle insulte contre la France risque bien de tomber aux oubliettes.

Prétendre qu’au début de la colonisation française, en 1830, « tous les Algériens lisaient et écrivaient », accuser la France d’avoir « éliminé les personnes qui lisaient et écrivaient » et  répandu « l’analphabétisme » relève d’une singulière mauvaise foi et d’un mensonge historique. Les chercheurs reconnaissent généralement qu’un effort d’enseignement fut entrepris et s’élargit par étapes, même s’il se heurtait parfois aux résistances de la population elle-même. Une politique de scolarisation massive fut engagée après la Seconde Guerre mondiale et durant la guerre d’Algérie.

Faut-il rappeler, entre autres, l’implication de la congrégation des pères blancs qui ouvrit, à partir de 1873, des écoles destinées aux jeunes Kabyles ? Ou, pendant la guerre, les nombreux soldats-instituteurs mobilisés dans des régions qui n’avaient jamais connu de scolarisation ? Quand l’ devint indépendante, le 5 juillet 1962, 15.000 coopérants français furent mis à la disposition du nouvel État. Avec, pour mission, de désalphabétiser, sans doute ? Jamais autant d’enfants algériens ne furent scolarisés en français, avant l’arabisation de l’enseignement, qui ne fut pas facteur de progrès. Ce sont ses propres carences que le gouvernement algérien reproche aujourd’hui à la France.

Si ne réagit pas fermement à cette nouvelle agression, s’il ne réhabilite pas l’action passée de la France en Algérie, s’il n’a pas suffisamment d’humilité pour corriger ses préjugés sur la colonisation, on sera contraint d’en conclure qu’il a moralement trahi son pays et son Histoire. Rien qu’à ce titre, il mériterait, à la première occasion, qu’on lui donnât congé.

19 avril 2021

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