Coronavirus - Editoriaux - Santé - 22 mars 2020

La crise du coronavirus et l’effondrement de leur monde

Leur monde s’est écroulé avec la succession d’attentats qui ont ensanglanté l’Europe, mais, certains que la mauvaise période passerait comme une grippe saisonnière, ils ont continué à marteler leur credo : non aux frontières, au repli, à l’amalgame et sus à ceux qui s’aventureraient sur ce terrain-là. Leur univers s’effondre aujourd’hui à nouveau avec un virus qui se révèle pire encore que ladite grippe et peut-être même – mais préservons-nous de toute arithmétique mortuaire – que le terrorisme.

Tel un symbole, Michel Cymes, dont ne sait plus très bien s’il est médecin, idéologue ou ludion médiatique, affirma qu’il ne fallait pas s’affoler, surtout pas, et que tout finirait bien par s’arranger, avant de changer d’avis quelques jours plus tard, forcé de s’incliner devant le réel que le marigot auquel il appartient finit toujours par trouver trop récalcitrant. L’homme sera sommé de présenter des excuses mais n’aura pas eu la décence d’en adresser à Nicolas Dupont-Aignan, bien plus proche que lui de la réalité et qu’il avait pourtant moqué pour une maladresse.

Celle de Cymes, proférée sur le ton de l’infatuation et guidée par l’idéologie du temps – qui confine tout ce qui n’est pas politiquement correct derrière un cordon sanitaire -, est pire encore car potentiellement mortifère et pouvant entraîner avec elle son lot de cercueils. Ce crime contre le bon sens fut aussi celui d’Agnès Buzyn, consciente du risque, mais tout simplement inconsciente en ne l’affrontant pas et en omettant de prendre ses responsabilités.

Bien sûr, il ne faut pas « politiser » en temps de crise, encore moins « récupérer » : l’urgence est au rétablissement prompt des malades, au soutien du personnel hospitalier, à la prière pour les croyants, au confinement pour tous. Il n’empêche : sont aujourd’hui responsables les mouvements de population (ou le nomadisme, ou la mondialisation), l’individualisme (ou l’incapacité à penser collectif, bref, l’égoïsme) et figurent sur le banc des accusés tous ceux qui les portent, tous ceux qui ont traité de noms affreux les partisans des frontières, tous ceux qui n’ont pas compris que leur catéchisme menait droit dans le mur.

Macron a peut-être réussi son discours aux Français, c’est sa politique – pire : sa vision du monde – qui est mise en échec ; idem pour Charles Michel, président du Conseil européen, qui par ailleurs plaida pour l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, sans aujourd’hui faire acte de contrition en voyant les événements à la frontière grecque ; en fait, de tous ceux qui, selon le bon mot de Bossuet, « déplorent les effets dont ils chérissent les causes ».

Notre corps social est pénétré, depuis plusieurs décennies, de maladies plus ou moins mortelles qui l’ont désormais envahi tout entier : l’islamisme a tué et tuera encore ; le laisser-aller dans les banlieues les rend aujourd’hui rétives au confinement ; l’interdiction d’interdire depuis Mai 68 et l’absence de responsabilités qui en découle nous ont empêchés de construire individuellement et collectivement les anticorps nécessaires ; le coronavirus est tel la peste qui, dans Camus, était une allégorie du fascisme ; il symbolise la faillite du monde mondialisé, celui des migrations, du tourisme de masse, de la partouze généralisée.

Une crise met toujours en lumière, outre les comportements individuels, les faillites des politiques menées. En l’occurrence, le sans-frontiérisme éhonté où chaque nation serait une start-up, le mondialisme heureux, la politique des droits sans les devoirs sont en situation d’échec. Nous aurions voulu avoir tort, nous avons eu raison. Le malheur, c’est qu’il est peut-être aujourd’hui trop tard : nous vaincrons sûrement le coronavirus, sans doute pas ce qu’il représente.

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