Pourquoi Nice rate les JO d’hiver 2030 : duel entre Ciotti et Muselier, sur X
« Nice devait accueillir plusieurs épreuves des Jeux olympiques d’hiver 2030 ainsi que la cérémonie de clôture. La décision soudaine du Comité d’organisation de privilégier Lyon soulève de nombreuses interrogations. Cette décision est-elle réellement guidée par l’intérêt général ou constitue-t-elle une sanction politique après l’élection de É. Ciotti à la mairie de Nice ? », s’interrogeait Jordan Bardella, sur X, le 30 mai dernier. « Le sport ne devrait jamais être instrumentalisé à des fins politiciennes », ajoutait-il, pour conclure. Difficile d’occulter l’épine que représente l'élection d'Éric Ciotti à la mairie de Nice dans le pied de Renaud Muselier, mais l'échec niçois des JO d'hiver semble bien plus qu'un duel entre deux élus aux avis divergents.
Un duel numérique
Entre le président Renaissance du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur et le nouveau maire de Nice, le torchon n’en finit pas de brûler. Et l’interpellation de Renaud Muselier par Jordan Bardella, sur X, ne risque pas d’apaiser la relation entre les deux élus. « M. Bardella, pompier pyromane : vous avez mis le feu avec votre ami M. Ciotti ! Contre les Jeux d’été à Paris, puis fossoyeurs des Jeux d’hiver à Nice en méprisant les sportifs, le CIO, le COJOP… Et vous voulez présider la France ? Commencez par travailler vos dossiers », invective ce dernier en publiant une lettre qu’il a adressée, avec Hervé Liberman, président de la commission sport de la région Sud, au maire de Nice. Elle le désigne comme responsable de la délocalisation du pôle « glace » niçois à Lyon. Une lettre à laquelle Éric Ciotti a, lui aussi, répondu, sur X, parce que, juge-t-il, « les arguments de Renaud Muselier sur les Jeux olympiques à Nice sont aussi crédibles que la sardine ayant bouché le port de Marseille ». Il faut avouer que les quatre pages publiées par le président de la région PACA ressemblent à s’y méprendre à une condamnation en règle, voire à une volonté de clouer Éric Ciotti au pilori, d'en faire le bouc émissaire de l'échec niçois.
« Un choix politique » d'Éric Ciotti ?
« Les épreuves de glace des Jeux olympiques et paralympiques d'hiver 2030 ne quittent pas Nice par fatalité. Elles ne disparaissent ni par malchance, ni sous l'effet d'une décision imposée depuis Paris ou Lausanne. Elles quittent Nice parce qu'un choix politique a été fait : celui de refuser l'adaptation temporaire de l'Allianz Riviera pour accueillir le hockey olympique », accuse ainsi Renaud Muselier. Il détaille quelle perte à la fois symbolique et économique représente, pour Nice, la relocalisation à Lyon du pôle « glace » et des cérémonies de clôture des Jeux olympiques et paralympiques. « Nice devait accueillir le cœur urbain des Jeux d'hiver 2030, avec le hockey sur glace, le patinage artistique, le short-track, le curling, le village olympique, le principal centre médias international, l'hospitalité premium et une part essentielle de l'animation des Jeux, d'inoubliables cérémonies de clôture olympique et paralympique. » Pour enfoncer le clou, il évalue, en s’appuyant sur les Jeux 2026 de Milan-Cortina, sur l’arrivée du Tour de France en 2024 et sur la Coupe du monde de rugby en 2023 qui avaient lieu à Nice, le manque à gagner pour Nice et la région Sud : « Au total […] un impact global compris entre 800 millions et 1,1 milliard d'euros […] ». Et, manifestement, cela ne fait pas de doute pour lui : le coupable est Éric Ciotti et « une vision où l'on protège tellement le présent que l'on finit parfois par empêcher l'avenir ».
Une « position dogmatique » de Renaud Muselier ?
La réponse d’Éric Ciotti ne s’est donc pas fait attendre et, explique-t-il, le seul responsable de cet échec est le refus de Renaud Muselier « d'envisager toute autre solution que l'immobilisation pendant une saison entière de l'Allianz Riviera », une « position dogmatique, incompréhensible et totalement déconnectée des réalités [qui] a conduit à l'impasse ». D’ailleurs, puisque Muselier l’attaque sur les retombées économiques de cette relocalisation hors de Nice, Ciotti n’hésite pas à lui rétorquer que « l'argent public [qu’il évoque] avec tant de légèreté n'est ni le vôtre ni celui de la région [puisqu’] il appartient aux contribuables ». Et il lui « rappelle que le projet olympique qu['il défendait] impliquait à lui seul près de 100 millions d'euros de dépenses pour la ville de Nice et la Métropole, et près de 150 millions d'euros en y intégrant la participation du département » : une charge financière pour le contribuable que le maire de Nice refusait d’endosser « pour un projet dont les conditions devenaient chaque jour plus incertaines ». En bref, Muselier avait un projet, Ciotti a refusé d’y adhérer aveuglément et c’est finalement Lyon qui tire son épingle du jeu et récupère le pôle « glace ».
Ou bien une volonté de « sanctionner les Niçois » ?
Faut-il y voir, comme le pense Éric Ciotti, une sanction politique ? Sur X, l’édile semble pencher pour cette explications : « Nous n’aurons pas ces Jeux parce qu’il y a eu de la manipulation, il y a eu de la mauvaise foi, il y a des intérêts financiers qui sont mobilisés derrière, il y a des puissances de l’argent qui ont voulu autre chose. » Le maire de Nice voit plutôt dans « cette décision […] honteuse, […] scandaleuse, […] politicienne » une volonté de « sanctionner les Niçois » en préférant une « ville d’extrême gauche ». La polémique dépasse en tout cas la ville de Nice et les divergences entre deux élus. D’ailleurs, c’est peut-être quand Muselier écrit que « ce qui vient de se produire dépasse largement un débat d'équipement sportif ou une divergence d'organisation [puisque] cela touche à une certaine idée de l'ambition que nous voulons pour Nice, pour notre région et, au fond, pour la France », qu’il n’a pas tort. Rappelons-lui que les Niçois ont voté majoritairement pour Éric Ciotti en 2026 et qu’une majorité de Français s’apprêtent à voter Jordan Bardella en 2027.
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