Audio - Editoriaux - Education - Entretiens - 26 juin 2019

Jean-Yves Le Gallou : « Le niveau de Sciences Po a déjà beaucoup baissé, il va maintenant s’effondrer ! »

Jean-Yves Le Gallou, ancien élève de Sciences Po et de l’ENA, commente la disparition du concours écrit de Sciences Po. « Avec la suppression du concours, c’est la porte ouverte aux passe-droits, au copinage, au piston et à la discrimination positive. M. Mion est le fossoyeur de la méritocratie française. »

Sciences Po supprime son traditionnel concours d’entrée en première année au profit d’une sélection sur dossier via la plate-forme Parcoursup. Cette mesure va-t-elle désacraliser et baisser le niveau de cette institution ?

Le niveau de Sciences Po a déjà beaucoup baissé depuis le passage de Richard Descoings. Il a mis en place une forme de discrimination positive.
Je crois qu’il va maintenant totalement s’effondrer. C’est en train de devenir une fausse grande école.
Le système de sélection par épreuve écrite par concours est le seul qui permette de vérifier la qualité des candidats. Ce système place surtout tous les candidats dans une même situation d’égalité. Ils doivent traiter le même sujet dans les mêmes conditions.
À partir du moment où on supprime cela, on laisse la place à l’arbitraire, au copinage et au piston. C’est une régression considérable du système universitaire français et du système de sélection des élites françaises, si tant est qu’on puisse encore parler d’élite, s’agissant de Science Po.

Sciences Po est vraiment l’affaire des classes privilégiées ?

Le système du concours tel qu’il a existé entre les années 1950 et 1980-1990 permettait à tous d’accéder à Science Po, sous réserve d’avoir les capacités permettant de rédiger, d’écrire des dissertations et de pouvoir articuler des arguments. Il y avait une véritable égalité.
Personnellement, je venais d’un lycée de banlieue. Je suis entré à Sciences Po et, ensuite, j’ai intégré sans problème l’ENA grâce au concours, alors que je n’aurais sans doute pas pu le faire sans le système du concours. Le système du concours assure la chance pour tous.
À partir du moment où on le supprime, on passe dans un système de privilège, de piston et de passe-droit. L’objectif réel est la discrimination positive, c’est-à-dire le recrutement de gens venus des banlieues et de l’immigration.
Les collèges et les lycées ont longtemps été sélectifs. Ils le sont de moins en moins. Pour arriver à s’en sortir, les parents qui le peuvent optent pour des logements qui leur permettent d’accéder à de bons lycées ou à de bonnes écoles privées.
Le problème d’égalité dans l’accès à ces fonctions et ces écoles n’est pas au niveau du concours mais au niveau de l’accès aux collèges et aux lycées. Il serait bon de rétablir une forme de sélection par le mérite qui redonnerait toutes leurs chances à ceux qui le peuvent.

En parallèle de Sciences Po, le gouvernement a confirmé la suppression de l’ENA. Y aurait-il une remise en question de ces fabriques de l’élite politique ?

Il y a une volonté de remplacer le système du concours par la faveur, l’orientation politique, la soumission conformiste, l’origine ethnique ou religieuse, voire par l’orientation sexuelle. Il y a une volonté de ne plus recruter qu’à la gueule et non plus au mérite.
Le gouvernement envisage aussi de revoir le recrutement de Polytechnique. Je ne sais pas ce qu’il va faire. Peut-être va-t-il remplacer l’épreuve de mathématiques au concours de Polytechnique par une épreuve de jeu de bonneteau ? Cette logique en place est évidemment catastrophique. Monsieur Mion, le directeur de Sciences Po, a été mis en place à cet endroit à la suite de la disparition de son prédécesseur Richard Descoings. Ce dernier avait été retrouvé mort dans un hôtel new-yorkais dans des conditions plus que douteuses.
Monsieur Mion est le fossoyeur du système français.

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