L’ancien porte-parole de Debout la France, Jean-Philippe Tanguy, a quitté le parti de pour rejoindre le Rassemblement national. Plus de 60 cadres ont décidé, aussi, de quitter DLF.

Il s’en explique au micro de Boulevard Voltaire et dénonce une « division criminelle » et « une stratégie d’isolement » d’un parti qui « n’est plus en mesure de proposer une alternative crédible ».

 

Vous avez quitté Debout la France et Nicolas Dupont-Aignan. En cause, la stratégie du président de Debout la France. Pourquoi avoir pris cette décision et pourquoi maintenant ?

 

Je n’ai pas quitté Debout la France, mais j’ai rompu avec la stratégie de Nicolas Dupont-Aignan et les divisions stériles que je ne pouvais plus tolérer et assumer en tant que porte-parole. C’est lui qui ensuite, devant l’impossibilité de tout dialogue et de tout échange stratégique, a décidé de m’exclure avec mes amis y compris certains de manière préventive qui avaient pour seul tort d’être mes amis à titre privé.

Pourquoi maintenant ? Parce que c’est déjà assez tard par rapport aux prochaines échéances. Nous avons passé depuis longtemps la moitié de la mandature de monsieur Macron. Madame Le Pen et le Rassemblement national ont gagné les dernières européennes. Nicolas Dupont-Aignan qui avait commencé une belle campagne des Européennes sur le thème du rassemblement a saboté les Amoureux de la France en excluant nos alliés les uns après les autres, il s’est retrouvé tout seul et a fait 3,5 %. Nous ne sommes donc plus en mesure de proposer une alternative crédible, alors que Marine Le Pen, elle, rassemble et propose une voie d’avenir. Dans quelques mois, il y aura des échéances pour les régionales et les départementales. Nous pouvons gagner collectivement des régions et des départements. Pour moi, c’est complètement criminel pour l’intérêt national de continuer ces divisions puisqu’elles n’ont aucune justification idéologique.

 

 

Si on était un tant soit peu diabolique, on pourrait penser que Marine Le Pen a réussi à éliminer un concurrent politique par votre intermédiaire…

C’est l’accusation que porte Nicolas Dupont-Aignan depuis dix jours sans la moindre preuve. Ma décision n’est absolument pas une machination ou un sabotage de Marine Le Pen. J’ai pris ma décision en mon âme et conscience. Je n’ai pas demandé l’autorisation de madame Le Pen pour le faire. Si, j’ai un écho dans le parti avec 60 cadres qui ont répondu favorablement à mon appel, c’est bien qu’il y avait un souci dans le parti. Le parti Debout la France ne comprend pas cette stratégie d’isolement. La dernière fois qu’un vote interne à Debout la France a eu lieu, c’était en 2017. C’est la rupture de l’accord pour les législatives. Malheureusement, pour l’obtenir Nicolas Dupont-Aignan avait dû mettre sa démission dans la balance. Ce ne sont pas des méthodes de gestion. Il est tout à fait logique que depuis il y ait une forte volonté d’union. C’est clair comme de l’eau de roche.

Les Amoureux de la France s’intégraient d’ailleurs dans cette volonté. C’était vraiment un beau mouvement. Et pourtant, il a été une fois de plus saccagé. C’est sorti dans la presse, ce n’est pas moi qui le dis. Les enquêtes qu’ont faites vos collègues journalistes sur les Amoureux de la France sont toutes arrivées à la conclusion que c’est bien Nicolas Dupont-Aignan qui avait saboté les Amoureux de la France.

 

 

Pour autant, vous avez été son porte-parole et son stratège. Difficile de ne pas avoir votre part de responsabilité dans ce qui est arrivé aux Amoureux de la France… Vous ne pouvez pas faire porter tout le chapeau à Nicolas Dupont-Aignan.

 

Je lui ai toujours conseillé le rassemblement et l’union et je n’ai jamais pris part à ces tentatives de division. Il est vrai qu’on a essayé de me faire porter le chapeau dans une certaine presse comme quoi j’étais responsable de l’exclusion de Jean-Frédéric Poisson et que j’avais pris sa place. Cela n’a jamais été le cas. Je n’ai jamais voulu l’exclusion de monsieur Poisson. C’est n’importe quoi ! Si un jour, il faut que j’en apporte la preuve physique, je le ferai. Monsieur Poisson lui-même ne dit pas que c’est de ma responsabilité. Dans la famille bonapartiste, il y a un chef qui mène une liste. Monsieur Dupont-Aignan a voulu mener sa liste. Il a voulu être tête de liste, alors qu’il est déjà député. Au milieu de la campagne, il s’est rendu compte que finalement, il ne voulait pas forcément quitter Paris et aller à Bruxelles. Il a donc fait en sorte que la liste n’atteigne pas les 5 %. Pour moi et pour beaucoup de monde de l’équipe, cette campagne a été un supplice et une trahison de la confiance que nous avaient donnée les militants. Après les Européennes, le directeur de campagne et le vice-président sont partis en disant exactement ce que j’ai dit aujourd’hui.

Avec Alexandre Loubet directeur de la communication, nous avons posé la question de vérité à Nicolas Dupont-Aignan. Nous lui avons dit « cette élection est un désastre, on ne restera que si vous nous promettez de faire des alliances aux municipales, aux départementales et aux régionales avec notre famille politique, c’est-à-dire majoritairement le Rassemblement national ». Il nous a promis cette alliance et il nous a plantés une fois de plus aux municipales où nous n’avons fait aucune alliance. Nous n’avons même pas aidé Louis Aliot à gagner Perpignan parce que monsieur Dupont-Aignan ne voulait pas empêcher l’élection municipale à Hyères. Par conséquent, nous n’avons soutenu personne. Nous n’avons pas aidé Carpentras et Perpignan. Nous n’avons aidé aucune ville qui aurait pu basculer dans notre famille politique. Après ces municipales, j’ai dit que les régionales voulaient un accord avec le Rassemblement national et tous ceux qui veulent l’union.

 

 

3 décembre 2020