En matière de lutte contre l’, quelque chose serait-il en train de bouger ? On aimerait le croire. Ainsi, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, vient-il de tweeter : « Conformément à mes instructions, les services de l’État vont lancer une action massive et inédite contre le séparatisme. 76 mosquées soupçonnées de séparatisme vont être contrôlées dans les prochains jours et celles qui devront être fermées le seront. » Une telle annonce, et surtout la manière dont elle est faite, sur les réseaux sociaux, a de quoi laisser perplexe.

En effet, la loi du genre veut qu’on se félicite de tels faits d’armes après leur mise en œuvre et leur éventuel succès, non point avant, ce mode opératoire permettant aux personnes concernées, et ainsi prévenues de ce qui les attend, de prendre de possibles précautions : décoller le papier peint ben Laden du local à chaussures, par exemple. Mais il est vrai qu’à l’instar de son mentor, Nicolas Sarkozy, Gérald Darmanin est un jeune homme pressé.

Une précipitation qui, avec le fameux article 24 de la loi de sécurité globale censé protéger des policiers, par ailleurs privés par le gouvernement du droit de se défendre, a réussi l’exploit de susciter la création d’un large front d’opposition.

Pareillement, on est en droit de se demander si l’enthousiasme de Gérald Darmanin à communiquer avant même que des prémices de résultats ne soient avérées n’est pas à l’origine de la publication d’un document publié par Le Figaro du 3 décembre dans lequel 76 lieux de culte musulman sont soigneusement répertoriés, région par région. On apprend, ainsi, que 18 de ces mosquées devraient faire l’objet « d’actions immédiates ». Les islamistes ont sûrement leurs défauts, mais ils ne sont pas idiots et savent lire Le Figaro.

Là encore, l’influence de Nicolas Sarkozy, qui s’entretient régulièrement au téléphone avec Gérard Darmanin ? Au savoir-faire, l’ancien Président préférait souvent le faire-savoir, annonçant le Kärcher™ tout en sachant que de Kärcher™ il n’y aurait pas. Tactique qu’emprunte visiblement son successeur de la place Beauvau, alors qu’il n’a encore rien accompli de tangible en matière de lutte contre l’islamisme de combat. Enfin, pas tout à fait, sachant qu’il se vante, ce même jeudi, sur les ondes de RTL, d’avoir « expulsé 66 étrangers radicalisés sur 231 ».

On notera que ces 231 personnes se trouvent être, selon ses propres dires, en « situation irrégulière ». Quand on ne sait pas, à cent mille unités près, combien il y a d’immigrés clandestins en France, voilà qui donne une assez bonne idée de l’ampleur de la tâche à mener et devrait pousser le ministre de l’Intérieur à un peu plus de modestie ; mais tel ne paraît pas être le genre de la maison.

En revanche, le document du Figaro dévoile un chiffre fort intéressant : 41 % des mosquées ne seraient pas affiliées aux tendances traditionnellement répertoriées par le gouvernement. De longue date, ces dernières l’étaient par nationalités, sachant que, depuis les années 1960, l’islam de France était en lien avec des capitales étrangères, Alger, Rabat, Tunis ou Ankara ; ce que l’on nommait autrefois l’islam consulaire. Les musulmans se regroupaient aussi par tendances, plus ou moins piétistes, traditionalistes, modernistes ou plus politiques. Là encore, les islamistes ont anticipé les mesures gouvernementales, immanquablement annoncées à grands coups de flonflons et de trompettes, en « oubliant » de s’affilier à des organismes clairement identifiés.

41 %, c’est potentiellement près de la moitié des musulmans français susceptibles d’aujourd’hui naviguer sous les radars, même si l’écrasante partie d’entre eux n’aspire qu’à vivre dans la tranquillité. Il ne reste plus qu’à espérer que les services de Gérald Darmanin travaillent sérieusement sur la question. Et ce, dans la discrétion, pour une fois.

3 décembre 2020

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