Jean-Marie Le Pen réagit à l’annonce de la mort, à 94 ans, de Valéry Giscard d’Estaing, président de la République de 1974 à 1981.

Au micro de Boulevard Voltaire, il évoque des souvenirs communs et une certaine nostalgie de cette époque.

Valéry Giscard d’Estaing est décédé hier. Vous lui avez rendu hommage en déclarant, sur Twitter, qu’il ne fut jamais déloyal à l’égard de la nationale. « Son prisme de gauche nous opposait sur des sujets majeurs aux conséquences néfastes. Je salue sa mémoire avec une forme de nostalgie. » En quoi a-t-il été un adversaire loyal ?

J’étais dans l’opposition, mais nous avons été dans le même parti. Nous avons été élus ensemble. À la première réunion de l’Assemblée, il y a un bureau d’âge avec un doyen. Ce bureau d’âge comprenait, me semble-t-il, 12 ou 16 députés dont Valéry Giscard d’Estaing était l’aîné et dont j’étais le benjamin.

Dans votre tweet, on peut ressentir une forme de nostalgie. Pourquoi ?

Nous avons participé à la vie publique pendant cinquante ans. Lorsque j’étais au CNI, nous étions au même groupe parlementaire. Giscard était l’aile gauche et je devais donc être l’aile droite.

Valéry Giscard d’Estaing a été l’opposé exact du Front national sur bien des points. On a, toutefois, l’impression que vous l’appréciez davantage que Jacques Chirac qui, sur le papier, pouvait être plus proche politiquement de vous.

Je pense qu’il y avait moins d’hostilité de la part de Valéry Giscard d’Estaing que de Jacques Chirac. Valéry Giscard d’Estaing était relativement lointain et n’a jamais fait de gestes de rapprochement à notre égard. Jacques Chirac, au contraire, a monté des coups. Par exemple, en 1981, il m’a interdit de me présenter aux élections. Je croyais avoir réuni les 500 signatures et, le même jour, une centaine de maires se sont retirés. C’était des gens que Chirac avait placés là dans cette intention. C’est un manœuvrier.

Avez-vous eu l’occasion de recroiser Valéry Giscard d’Estaing après son mandat ?

Je me suis entretenu avec lui chez des amis, lors d’un dîner. J’ai même eu un dîner ou un déjeuner en tête à tête avec lui et un échange de vues concernant les problèmes de la France.

Sans surprise, vous n’étiez pas d’accord sur tout…

J’étais en désaccord sur la plupart des propositions sociétales de Giscard d’Estaing.

Humainement, qu’appréciiez-vous chez Valéry Giscard d’Estaing qui, pour beaucoup de Français, passait pour être assez hautain ?

Cela ne me choquait pas de la part du président de la République. Il a été le premier à entamer une commedia dell’arte et à faire des ouvertures spectaculaires de com’. Il invitait des éboueurs. Il voulait, dans son esprit, marquer une ouverture à gauche qui compensait sa politique économique.

Suite au décès de Valéry Giscard d’Estaing, les internautes vous placent en finale, si j’ose dire, face à Élisabeth II. Vous êtes les deux politiques les plus anciens d’Europe. Est-ce un honneur, pour vous, d’être mis en concurrence avec Élisabeth II ?

Pourquoi pas, mais elle est plus vieille que moi. Jusqu’à 90 ans, je ne me suis jamais posé la question de l’âge. En revanche, à 90 ans je me suis dis que j’entamais la dernière ligne droite. Combien de temps va-t-elle durer ? Je n’en sais rien… Je marche allègrement !

3 décembre 2020

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