Jean-Claude Juncker : le lointain plutôt que le prochain

Qui est le meilleur allié objectif des « populistes », « eurosceptiques » et autres « nationalistes » en Europe ? Jean-Claude Juncker, président sortant de la Commission européenne. Avec les propos qu’il a tenus lors d’une interview donnée à la chaîne américaine CNN, mercredi dernier, on pourrait effectivement le croire. « Ces nationalistes stupides sont amoureux de leur propre pays. Ils n’aiment pas les gens qui viennent de loin. » On ne peut être plus clair. Les populistes, c’est la bêtise, l’obscurantisme. Les européistes, c’est l’intelligence, la lumière. La bestialité d’un côté, l’humanité de l’autre. Simple et de bon goût.

Meilleur allié des populistes ? Tout très intelligent qu’il est supposé être, Juncker peut-il comprendre qu’à insulter les « populistes », c’est les peuples qu’il insulte ou, tout du moins, les millions d’électeurs qui se reconnaissent en eux. Et quoi de mieux pour répondre à l’insulte que de riposter poliment dans le secret de l’isoloir. En tout cas, on peut se demander si cela rend bien service aux listes (comme celle de M. Bellamy, en France) qui siégeront à Strasbourg au sein du PPE auquel appartient Jean-Claude Juncker.

À noter, ensuite, qu’une telle déclaration contredit un peu ce que dit Emmanuel Macron à tout bout de champ : les nationalistes n’aiment pas l’Europe, et donc la France, et ne sont pas de vrais patriotes comme lui, Emmanuel Macron. Juncker, lui, reconnaît, que ces « stupid nationalists » » n’aiment que leur pays : « They are in love with their own countries. » C’est déjà pas mal, non ? Il paraît même qu’il y en a qui aiment tant leur pays qu’ils sont prêts à tout sacrifier pour lui. Un truc qui doit sans doute dépasser Jean-Claude Juncker.

Grand humaniste, citoyen de l’Europe – mieux : du monde -, Jean-Claude Juncker fait une véritable déclaration d’amour au lointain : « I like those coming from far away » (« J’aime ceux qui viennent de loin »). Pas comme ces salauds de populistes : « They don’t like those coming from far away » (« Ils n’aiment pas les gens qui viennent de loin »). On connaît cette fameuse phrase de Jean-Marie Le Pen : « Je préfère ma famille à mes amis, mes amis à mes voisins… » Une opinion ? Qui plus est détestable ? Plutôt une réalité intangible car l’homme est ainsi fabriqué. On aura beau faire. La mort d’un proche nous touche plus que cent morts à l’autre bout de la Terre. Mais, au fond, c’est peut-être ça, le problème de Jean-Claude Juncker et, sans doute, de nombreux « européistes » et mondialistes : la réalité. Il est en effet des réalités que l’on ne peut contraindre, éviter, étouffer. Et les nations font partie de ces réalités. Elles ne sont pas des abstractions, des idées que l’on sculpte comme la fumée d’un cigare en buvant un bon whisky dans le fauteuil confortable d’un palace international.

Aimer le lointain qu’on ne connaît pas, est-ce, du reste, vraiment aimer ? Question qui a peut-être sa réponse dans les urnes, mais surtout dans le bon sens populaire.

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