Interdite de bus pour une jupe ? Qui est dupe ?

Ainsi donc, un conducteur de la RATP, dans le XIXe arrondissement, aurait refusé de laisser monter une jeune femme dans son bus au motif d’une jupe trop courte. Sur les réseaux sociaux, la protestation gronde. Comme d’habitude.

Marlène Schiappa, interpellée par des internautes narquois la trouvant un peu longue à la détente, se fend du communiqué de circonstance (commun avec le ministre des Transports) plein de componction : « Si les faits rapportés… grande gravité… sanctions exemplaires. ». Comme d’habitude.

Comme d’habitude, l’entreprise concernée – la RATP – promet prudemment de faire toute la lumière sur les faits.

Comme d’habitude – cela devient un marronnier -, tel ou tel journal fera mine de creuser vaguement le sujet. « Ces barbus qui embarrassent la RATP », c’était le titre d’un article de L’Obs publié le 29 novembre 2015 après que l’on eut découvert que « Samy Amimoi, l’un des kamikazes du Bataclan [avait] travaillé un temps à la RATP. »« La régie est soupçonnée d’abriter des musulmans radicaux. Fantasme ou réalité ? En tout cas, les incidents à caractère religieux s’y multiplient. »

Puis une actualité, comme un clou, chassant l’autre, le soufflé retombera… comme d’habitude.

La dernière fois que l’on a eu vent d’une affaire de ce genre, c’était en mars dernier, à l’occasion d’un jugement qui a fait un peu de bruit : Brahim était chauffeur de bus à Clermont-Ferrand. La compagnie T2C l’avait licencié en avril 2016 au motif qu’il refusait de serrer la main de deux contrôleuses, une discrimination fondée sur le sexe, selon son employeur, qui lui avait valu une rupture pour faute grave.

Brahim avait saisi le conseil de prud’hommes et contesté le bien-fondé de cette rupture. Il avait affirmé au journal La Montagne qu’il n’y avait rien de religieux dans son attitude, à mettre, selon lui, sur le compte d’un « blocage lié à sa culture, à son éducation » : « Le contact physique avec les femmes [le] mettait mal à l’aise. » Et les juges du travail lui ont donné raison : l’employeur a dû lui verser 27.000 euros pour licenciement sans cause réelle et sérieuse.

Peut-être, qui sait, le conducteur parisien d’aujourd’hui est-il allergique au mollet féminin dont la simple vue déclenche, aussi sec, chez lui, un urticaire géant ? La seule prévention du choc anaphylactique, que voulez-vous, c’est la fuite à tout berzingue portières fermées.

Comme d’habitude, tout le monde fait semblant de découvrir, telle l’autruche extirpant laborieusement son long cou du trou obscur, beuglant un peu en clignant des yeux, puis replongeant aussi sec dans son bienfaisant aveuglement. Jusqu’à la prochaine fois.

Oui, la force de l’habitude est là, lénifiante : on s’accoutume peu à peu à ces incidents à « caractère religieux », pour reprendre le joli flou artistique de L’Obs. Viendra un temps où plus personne ne réagira. Regardez, déjà 24 heures se sont écoulées, la petite tempête 2.0 est pour ainsi dire déjà terminée – ou presque. Les médias ont d’autres chats à fouetter, ces rodomontades islamistes sont devenues, somme toute, d’une si grande banalité.

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