Chauffeur de bus et allergique aux femmes !

Il s’appelle Brahim, est musulman pratiquant et chauffeur de bus à Clermont-Ferrand. Était chauffeur de bus, plutôt. Parce que la compagnie T2C l’a licencié en avril 2016 au motif qu’il refusait de serrer la main de ses collègues femmes. Une discrimination fondée sur le sexe qui lui a valu une rupture pour faute grave.

Bien entendu, Brahim a saisi le conseil de prud’hommes et a contesté le bien-fondé de cette rupture. Rien de religieux dans son attitude, prétendait-il, mais une inhibition face aux femmes, avec lesquelles il n’arrive pas à avoir de contact physique. À l’appui de son recours, il a versé aux débats de nombreuses attestations élogieuses sur son comportement et sur son profond respect pour autrui.

Les juges du travail lui ont donné raison et ont condamné l’employeur à lui verser 27.000 € pour licenciement sans cause réelle et sérieuse. La T2C n’a pas interjeté appel. Brahim et son avocat crient victoire, et ils ont raison. La victoire est double : non seulement le licenciement est considéré comme abusif, mais encore l’employeur renonce à faire appel, ce qui rend la décision définitive.

Gardons-nous, en matière judiciaire, de tirer des conclusions générales d’un cas particulier. Sans connaître le détail du dossier, il est impossible d’affirmer que celui-ci a été mal jugé. Peut-être la procédure de licenciement a-t-elle été bâclée, mal étayée ou maladroitement mise en œuvre. Rien ne permet de le savoir. Il est également possible que, comme souvent, la motivation du jugement prud’homal soit hésitante, voire indigente. C’est la loi du genre. Mais la renonciation à l’appel est un signe qui peut s’interpréter de deux manières : soit le dossier est vide, soit la société T2C est tétanisée par la crainte de remous sociaux. L’hypothèse ne peut pas être exclue.

Qu’un chauffeur musulman refuse de serrer la main d’un collègue n’est pas une nouveauté. Combien de cas, signalés à la RATP, allant jusqu’à refuser de s’asseoir sur un siège précédemment occupé par une femme ? Ces comportements intolérables ne semblent pas beaucoup émouvoir les bien-pensants, plus prompts à dénoncer une peste brune largement fantasmée que des manifestations à caractère religieux ou culturel de ce genre. Il s’agit bien de sidération. C’est-à-dire d’une incapacité à analyser un phénomène, à en déterminer les causes et à y apporter une réponse adaptée. Seul compte le regard de l’interlocuteur, qui bloque toute capacité de réaction.

La moindre critique envers le comportement de certains musulmans suscite une réaction outrée et un procès en racisme. L’accusation est en elle-même incapacitante : pendant que l’accusé s’en défend, il n’argumente pas sur le fond. Ainsi, reprocher à un chauffeur son refus de toucher la main d’une femme n’est plus possible. Cela relève, au choix, de la discrimination ethnique, de l’islamophobie, de la xénophobie ou de toute autre phobie moralement injustifiable. La pitoyable invocation de la laïcité ne tient pas une seconde face à une telle perversion du débat.

Ce ne sont pas les juges qui sont en cause. S’il leur appartient d’appliquer la loi, la fonction de conseiller prud’homal n’implique pas de responsabilité politique. La loi non plus n’est pas en cause. Le problème est culturel, il englobe toutes les composantes de la société. Voulons-nous, oui ou non, dans tous les domaines de notre activité publique et privée, affirmer avec constance, bienveillance et fermeté notre culture, notre identité, nos us et coutumes, et exiger leur respect par tous ? Seul un climat global et généralisé, infusant toutes les couches de la société, permettra de reprendre l’initiative et de combattre ces comportements. Ce n’est pas encore d’actualité.

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