C’était une promesse de campagne d’ : plus de téléphones portables dans les écoles et les collèges à la rentrée 2018. Ce jeudi, à l’Assemblée nationale, le Code de l’éducation doit être modifié en ce sens. Mais le jeu en vaut-il la chandelle ? D’autant plus qu’une loi du 12 juillet 2010 interdit déjà aux élèves l’utilisation d’un téléphone mobile “dans les écoles maternelles, les écoles élémentaires et les collèges, […] durant toute activité d’enseignement et dans les lieux prévus par le règlement intérieur”.

Les méfaits du téléphone portable en classe ou dans l’enceinte scolaire sont connus : distraction, cyber-harcèlement, consultation de sites pornographiques, addiction aux écrans – la gamme est étendue. L’interdire ne résout pas la question de son usage dans la vie extrascolaire d’un élève : un enfant passe environ trente heures par semaine dans son établissement, soit à peine le cinquième de son temps.

Cette interdiction est un pis-aller. Mais elle reste vaine si elle n’est pas accompagnée d’un effort d’éducation dans l’usage des nouvelles technologies. Sans compter que des élèves, comme autrefois pour fumer, ont assez d’imagination pour transgresser les règles et se réfugier aux toilettes pour consulter leurs messages ou Internet.

Des députés LREM se sont crus avisés de déposer un amendement pour étendre l’interdiction de l’usage du téléphone portable à l’ensemble de la communauté éducative : il s’agit de “renvoyer à nos jeunes une image d’exemplarité et de cohérence avec les principes affichés par la présente proposition de loi”. Cet amendement a provoqué des remous avant même d’être discuté et devrait être retiré.

Il est, en effet, quelque peu démagogique d’appliquer les mêmes règles aux professeurs, plus généralement aux personnels de l’Éducation nationale, et aux élèves. Bien sûr, ils doivent montrer l’exemple, et ils le font quand ils sont exigeants dans la préparation de leurs cours, dans leur pédagogie, parfois dans leur tenue, dans leur ponctualité : il est difficile de demander aux élèves d’être à l’heure si on arrive soi-même régulièrement en retard.

Mais vouloir les soumettre à la même interdiction du portable n’a pas de sens. Ils doivent pouvoir être prévenus immédiatement de toute intrusion dans l’établissement pour prendre les mesures de sécurité nécessaires, ils doivent pouvoir eux-mêmes prévenir l’administration d’un incident grave. Mais, surtout, les traiter comme les élèves, c’est supposer qu’ils ne sont pas suffisamment responsables et que l’éducation ne sert à rien, puisqu’il faut aussi appliquer des mesures de contrainte à des adultes. Ce n’est pas ainsi qu’on restaurera leur autorité.

Beaucoup d’élèves trouvent normal de garder, pendant les cours, leur portable dans leur poche ou leur sac. C’est une question de courtoisie, qui ne s’apprend pas seulement à l’école, et de concentration sur son travail. Mais si le professeur estime utile de l’employer pour un exercice ou une recherche, ils doivent pouvoir le faire. Jean-Michel Blanquer en est conscient et souhaite que les usages pédagogiques continuent d’être autorisés.

Cette question méritait-elle d’être débattue à l’Assemblée nationale, qui se plaint déjà de la surcharge du calendrier parlementaire ? De plus, cette mesure peut passer pour un trompe-l’œil qui occulte des problèmes plus graves : la crise du recrutement, l’efficacité de l’instruction, la dégradation de l’autorité. Récemment, on a vu des parents de Pollestres, dans les Pyrénées-Orientales, refuser que leurs enfants intègrent un collège d’éducation prioritaire de Perpignan. Ils ne sont pas racistes : ils ont simplement envie que leurs enfants puissent travailler et réussir dans de bonnes conditions. C’est un problème bien plus important que celui de la gestion des portables.

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