La consigne obligatoire des bouteilles plastique, voulue par Macron, à la poubelle

Les élus locaux étaient contre et sont appelés aux urnes pour les sénatoriales dans trois semaines...
Capture d'écran du 
Ministère des Armées et des Anciens combattants
Capture d'écran du Ministère des Armées et des Anciens combattants

C'est entendu : le bilan d'Emmanuel Macron est catastrophique sur les grands enjeux (finances, immigration, insécurité, démographie, etc.). Il ne lui restait plus, pour entrer dans l'Histoire, que quelques mesures emblématiques : fin de vie, interdiction du téléphone portable dans les lycées ou... consigne obligatoire des bouteilles plastique. Souvenez-vous. C'était le 19 mai dernier, lors d'un Conseil de la planification écologique, et le Président, avec l'aplomb du sachant et le poids de sa fonction, engageait la France dans ce grand chantier : la consigne obligatoire des bouteilles plastique. On pouvait en rire ou en pleurer : imagine-t-on le général de Gaulle enfourcher un tel cheval de bataille ? Certes, sous de Gaulle et après, nous avons connu la consigne des bouteilles en verre, puis le recyclage est venu. Tout comme il est venu pour les bouteilles plastique. Alors, pourquoi en revenir à la consigne ?

Du greenwashing

Cette obligation avait immédiatement suscité une levée de boucliers de la part des professionnels et des élus. Dès le 30 juin dernier, lors d'une réunion organisée par le ministère de la Transition écologique, des représentants d'élus locaux claquent la porte pour dénoncer « une parodie de concertation » sur le projet gouvernemental de consigne pour le recyclage des bouteilles en plastique. Des élus qui, par la voix de Nicolas Garnier, de l'association de collectivités « AMORCE » [Association nationale des collectivités, des associations et des entreprises pour la gestion des déchets, de l’énergie et des réseaux de chaleur, NDLR], ont « quitté la table des négociations ce matin à 9 heures après avoir rappelé leur opposition à cette vaste mesure de greenwashing », ou écoblanchiment. En gros : de l'écologie-affichage, de l'écologie-emballage, de la com'. Bref, du pur macronisme. Ces élus contestaient le terme de « consigne », car le projet ne prévoit pas de réemployer les bouteilles en plastique collectées mais de les recycler ! Une option moins vertueuse, du point de vue environnemental. Et ce qui se fait déjà ! Et les élus locaux ont été suivis dans leur mouvement de protestation par les ONG, les associations de consommateurs et de grandes fédérations professionnelles qui entendaient dénoncer ce projet de « fausse consigne pour recyclage », porté « depuis cinq ans par les multinationales des eaux et boissons en bouteille jetables ». La grande affaire de la fin du quinquennat était donc très mal partie et elle a fini, ce vendredi 4 septembre, à la poubelle.

Un abandon en rase campagne

On a appris, en effet, par un communiqué diffusé vendredi que le gouvernement a décidé de ne pas imposer aux collectivités la consigne pour le recyclage des bouteilles en plastique, leur proposant une « consigne volontaire et territorialisée ». « Aucun dispositif de consigne obligatoire ne sera mis en place, dans le respect des compétences décentralisées », indique ce communiqué, qui met un coup d’arrêt au projet présidentiel.

La fronde des élus locaux, déclenchée dès fin juin, devenait menaçante pour un Président déjà très impopulaire, un gouvernement menacé de censure sur le budget et à la veille d'élections sénatoriales qui, le 27 septembre, pourraient enregistrer une poussée de la droite nationale et du RN. « À quelques semaines d’élections sénatoriales, se mettre à dos l’ensemble du champ politique, […] et à quelques mois d’une élection présidentielle, allumer des feux dont on n’a pas besoin et qui font l’unanimité contre eux, ça me paraît très hasardeux », avait déclaré Corentin Duprey, président du SYCTOM (syndicat francilien de gestion des déchets), quelques heures avant l’annonce de la décision. Il fallait éteindre l'incendie.

La levée de boucliers du terrain

Plusieurs syndicats franciliens de gestion des déchets avaient agité la menace de « suspendre le paiement de la TGAP », la fameuse taxe générale sur les activités polluantes, si le gouvernement persévérait. « C’est la victoire du bon sens, du pouvoir d’achat, du service public et de l’environnement », a réagi, auprès de l'AFP, Nicolas Garnier, délégué général d’AMORCE : le réseau de collectivités envisageait même d’organiser une manifestation, mardi, à Paris ! L’Association des maires de France (AMF), Intercommunalités de France, France urbaine et le Cercle national du recyclage ont fait part de leur « soulagement » face à cette décision de « renoncer à cette ineptie écologique et financière ».

Les élus avaient quelques arguments à faire valoir : « Lorsque je m’intéresse à l’exemple allemand, les champions de la consigne des bouteilles en plastique, on voit bien que ça a accompagné l’augmentation de la production plastique » dans le pays, a déclaré, vendredi, Corentin Duprey. Par ailleurs, il a rappelé que les collectivités ont lourdement investi dans leurs centres de tri, ces dernières années, et voyaient d’un mauvais œil le retrait des déchets les plus valorisables de leurs installations, avec le risque de devoir augmenter la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM) payée par les ménages au travers de la taxe foncière.

Toute cette affaire est finalement emblématique du macronisme et du personnage : une solennité déconnectée du réel qui brasse du vent sur des sujets secondaires pendant que l'essentiel s'écroule. Le tout finissant en retrait, dissolution, censure.

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Frédéric Sirgant
Chroniqueur à BV, professeur d'Histoire

Vos commentaires

47 commentaires

  1. Notre pauvre France crève, et nos irresponsables politiques, jusqu’au plus haut niveau, s’occupent de broutilles. Quand Jupiter définira t’il l ne épaisseur obligatoire du papier toilette ? Bon, il est vrai que ce serait une tâche plus facile que de gouverner la France

  2. Il n’a que ça à faire, il n’y a pas plus important à gérer pour un président de la république française. Décidément macron fait du macron à l’image de son grand caprice éolien, il fait des courants d’air.
    Ses grands chantiers, la consigne des bouteilles en plastique et entraîner la France dans une guerre contre la Russie

  3. Et encore une décision à la poubelle. Il n’en aura pas pris une seule qui rattrape l’autre . Dehors , il est grand temps que ça cesse.

  4. Il y a aussi la consigne des tubes dentifrice et de mayonnaise. C’est ça un président, penser à notre place avec le sens des priorités.

  5. Je ne bois que du Rosé de Bandol , donc en bouteille de verre recyclable…. Et , quelques fois une bonne bouteille de Bourgogne,… toujours aussi en belle bouteille de verre…

  6. MACRON CONSIGNE

    “Celui qui nourrit de grands desseins ne s’embarrasse pas de détails.” (Anonyme)

    “On concède la liberté en gros pour la contraindre dans le détail.” (Robert Sabatier / Le Livre de la déraison souriante)

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