Dans une tribune publiée, cette semaine, dans Les Échos, deux économistes, David Thesmar (professeur au MIT) et Augustin Landier (professeur à HEC), lancent un pavé dans la mare uniformément lisse de la doxa économique en matière d'immigration : la célèbre théorie de la « chance pour la France ». Leur angle d'attaque est, certes, limité et leur audace toute relative, mais l'initiative mérite d'être diffusée. Certes, ils prennent bien soin de réaffirmer à plusieurs reprises leur adhésion au credo : « Comme nos collègues, nous partageons pleinement les appels au calme, la relativisation des fantasmes de Grand Remplacement, le goût pour les bienfaits de la diversité. »

Mais ils osent pointer les vices d'un unanimisme suspect. Et quand le bel édifice commence à se lézarder de l'intérieur…

Premier biais cognitif de ces économistes pro-immigration : leur économie de combat est purement idéologique. Il se voient en chevaliers blancs de la cause : « Les économistes se voient combattant l'obscurantisme pour ramener dans le cercle de la raison l'opinion égarée. Malheureusement, avec peu de succès. » Ils sont dans l'idéologie, ou le fantasme, pas dans la science et les calculs, qui devraient être leur seule boussole. Et c'est déjà très grave.

Deuxième erreur de nos économistes bien-pensants face aux inquiétudes populistes sur l'immigration : ils se montrent « sourds » aux inquiétudes, ignorent la nature du problème posé et « font peu d'effort pour comprendre et mesurer ce dont parlent vraiment les gens. […] Or, la dimension économique n'est pas ce qui travaille les gens : ce qui est en jeu, les sondages le montrent, ce sont plutôt des considérations identitaires (la que les traditions, la langue, les valeurs ne soient pas transmises à la génération suivante ; la crainte d'un délitement de la société) et un refus de faire jouer la redistribution en faveur de populations venues d'ailleurs. L'altruisme que les citoyens acceptent pour leurs compatriotes, ils ne l'appliquent pas à l'ensemble de la population mondiale. ». Un économiste ayant un peu de culture générale et historique - et de bon sens - devrait être en mesure d'intégrer cette donnée à son argumentation et à son analyse. C'est bien ce que reprochent nos deux hommes : « Il faut faire l'effort de dire et de penser ce décalage […]. Que ce soit sur les questions migratoires ou sur d'autres, nos analyses économiques ne peuvent plus ignorer les aspirations non économiques des citoyens […]. Sans cela, nous nous condamnons à être perpétuellement en décalage avec la population. »

Troisième péché de nos économistes : leur « fausse impartialité idéologique » : « Ils ne sont pas idéologiquement neutres sur ce qui est ou non une chance pour le pays : le raisonnement économique se double d'une conviction éthique forte qui fonde le rejet du repli sur soi. »

Mais nos deux économistes devraient faire un pas de plus. Désormais, la thèse des méfaits de l'immigration, non seulement n'est plus un fantasme mais gagne chaque jour en crédibilité scientifique. Un exemple ? Le système éducatif dont le niveau s'est effondré, ces dernières années (classement PISA, etc.). Autre exemple : la surreprésentation immigrée dans la et les aides sociales. Ce sont, à chaque fois, des charges considérables pour le pays. D'où le plan d'économies annoncé, jeudi, par Marine Le Pen de « 80,5 milliards d'euros sur un quinquennat, soit 16,1 milliards par an ».

Et inversement, la « bonne immigration » n'est pas l'eldorado que l'on nous dépeint. Même un Jean Peyrelevade, pourtant très « chance pour la France », est obligé de le reconnaître, toujours dans Les Échos : « Elle fidélise bien mal les étudiants étrangers qu'elle a formés et attire très peu les profils qualifiés dont notre économie a besoin. ».

En fait, nos deux économistes ont encore un train de retard : à l'immigration de masse qu'on leur impose, bien des Français opposent désormais un double refus, qui n'est pas qu'identitaire et civilisationnel. En effet, même sans avoir un doctorat en économie, le peuple a fait ses comptes : il a bien écouté les économistes qui lui disaient, chiffres à l'appui, que notre situation ne cessait de se dégrader, avec les courbes de la et des déficits publics, du déficit commercial, du chômage et des impôts, toujours en hausse. Il a aussi constaté que celle de l'immigration connaissait exactement la même pente. Le cercle de la raison pourra toujours lui dire qu'il n'y a aucun lien. Mais la charge de la preuve est dans son camp, et il ne parvient pas à la fournir.

Un cercle de la raison qui ne parvient pas à rendre raison et qui triche avec la raison ? La dénonciation des élites sur la question migratoire, dans la déclaration de candidature d'Éric Zemmour, n'est pas un fantasme complotiste : le cercle de la raison lui-même commence à passer aux aveux.

5 décembre 2021

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