Editoriaux - Histoire - Politique - 14 avril 2017

Un imam, professeur de mathématiques, suspendu pour prosélytisme

Selon RTL, l’imam de la mosquée de Torcy vient d’être suspendu de ses fonctions de professeur de mathématiques au lycée Jean-Moulin de la ville, pour une durée de quatre mois, dans l’attente d’une commission disciplinaire : “Il était soupçonné de faire du prosélytisme dans les établissements scolaires.”

Cette suspension fait suite à la fermeture, le 11 avril, de la mosquée qui “était devenue un lieu où étaient prônées une idéologie radicale ainsi que des incitations au jihad”, selon le ministre de l’Intérieur. On peut s’étonner du retard avec lequel cette fermeture a été décidée, les lenteurs de l’administration ne pouvant tout expliquer.

Il est plus étonnant encore que ce professeur soit resté en fonction si longtemps.

Car la situation n’est pas nouvelle. L’arrêté préfectoral du 10 avril précise que le prosélytisme de l’imam “dépasse l’enceinte de la mosquée et s’exerce également au sein des établissements scolaires successifs où il a enseigné, et plus spécialement sur les jeunes élèves de confession musulmane sur lesquels il cherche à avoir une influence en tentant de s’imposer comme leur interlocuteur exclusif et de s’immiscer dans leur vie privée”. Autrement dit, ce serait un récidiviste.

En 2012, le professeur-imam avait déjà pris la défense d’un jeune homme, interpellé lors d’un coup de filet antiterroriste : “S’il y a eu une dérive, c’est qu’il était certainement sous influence. Mais ça ne peut pas venir de lui. C’est un garçon serviable, très positif, au-dessus de tout soupçon.” En matière d’influence, apparemment, il savait de quoi il parlait.

L’obligation de neutralité des fonctionnaires est régulièrement rappelée. Ainsi, la nouvelle loi relative à la déontologie du 20 avril 2016 confirme que “le fonctionnaire exerce ses fonctions dans le respect du principe de laïcité. À ce titre, il s’abstient notamment de manifester, dans l’exercice de ses fonctions, ses opinions religieuses. [Il] traite de façon égale toutes les personnes et respecte leur liberté de conscience et leur dignité.”

En mars 2016, la Lettre d’information juridique du ministère expliquait la décision rendue par un tribunal administratif concernant un enseignant d’histoire-géographie qui contestait sa sanction – une exclusion d’un an. On lui reprochait d’avoir “dispensé un enseignement orienté délibérément, […] en procédant ainsi à un “détournement des programmes à des fins idéologiques”, avec notamment une obsession du complot […] et des références multiples et univoques à des auteurs de la droite extrême.”

Notre imam se verra-t-il appliquer une sanction du même ordre ?

Il paraît évident que tout prosélytisme religieux ou politique, dans l’enceinte d’un établissement scolaire, doit être combattu. Plus généralement, ceux qui légitiment des actes criminels et le terrorisme doivent être mis au rang des hors-la-loi.

Mais attention à ne pas instaurer un monde orwellien où quelque Big Brother déterminerait ce qu’il est permis de dire ou de penser, pour imposer sa seule vérité. Le rejet de la manipulation ne doit pas justifier la dictature de la bien-pensance.

Les professeurs, quelles que soient leurs convictions personnelles, ont le devoir de développer le jugement critique et le discernement de leurs élèves pour qu’ils construisent eux-mêmes leur propre pensée et se gardent des intrusions fanatiques. Ce n’est possible que si l’on cultive les vertus de la raison et du doute, qui sont les portes du savoir.

Il faut méditer cette réflexion de François Jacob, prix Nobel de médecine en 1965 : “Rien n’est aussi dangereux que la certitude d’avoir raison […] Tous les crimes de l’histoire sont des conséquences de quelque fanatisme.”

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