À la suite de l’éviction d’Éric Zemmour d’i>Télé, Boulevard lance un appel à la d’expression que vous pouvez signer ci-dessous. Et interroge chaque jour un invité différent pour connaître sa réaction. Aujourd’hui, Alain Finkielkraut…

Quelle a été votre réaction à la dénonciation de propos prêtés à Éric Zemmour par ?

Jean-Luc Mélenchon a réagi avec indignation à ce qu’il avait lu dans le Corriere della Sera : interviewé sur une éventuelle “déportation” des musulmans, Éric Zemmour, sans s’émouvoir du terme, avait répondu que l’histoire réservait des surprises, comme par exemple le retour des pieds-noirs en France. Vérification faite, non seulement Zemmour n’a pas employé le mot de “déporter”, mais le journaliste lui-même ne l’avait pas utilisé lors de l’entretien. Cela, Jean-Luc Mélenchon ne le savait pas. D’ailleurs, lorsqu’il a appris le licenciement d’Éric Zemmour par i>Télé, il a protesté. Je ne vais donc pas, moi, ici, dénoncer à mon tour Mélenchon. Je déplore la décision d’i>Télé, et je la regrette d’autant plus qu’Éric Zemmour n’y tient pas le rôle d’un éditorialiste. Il participait à une émission de débat, avec Nicolas Domenach, et ces deux-là se disputaient sur tout.

Est-ce que vous auriez trouvé plus compréhensible que la direction de RTL cède à sa propre Société des journalistes, sachant que Zemmour n’a pas de contradicteur sur son antenne ?

Non, pas du tout. Je dis simplement que la décision d’i>Télé est inquiétante car elle semble annoncer un monde où le seul débat licite sera la confrontation du même avec le même : avec Le Monde, L’Obs avec L’Obs, Les Inrocks avec Les Inrocks, Télérama avec Télérama… Cette idée-là de la discussion démocratique est affligeante, mais on en a eu un autre exemple récemment avec la polémique autour de Marcel Gauchet puisqu’un nombre assez conséquent d’intellectuels, de chercheurs et d’enseignants ont protesté contre sa présence aux Rendez-vous de Blois, et qu’un festival off a même été organisé par des gens qui ne voulaient pas partager la terre avec celui qu’ils appellent maintenant “Marcel droitier”. Il y a un climat d’intolérance qui se répand en France et qu’il faut combattre sans hésitation, quelles que soient par ailleurs les divergences qu’on peut avoir avec Éric Zemmour. Et mes désaccords sont nombreux ! Je ne partage pas son indulgence pour Dieudonné et Soral, je ne me reconnais pas dans son natalisme, ni dans l’idée qu’il se fait de la place des femmes dans la société, je juge tout à fait infondée sa réhabilitation partielle du régime de Vichy… Mais cela veut dire une chose : je veux débattre avec lui, je ne veux surtout pas qu’il soit interdit de débat.

Certains s’offusquent du fait qu’on n’ait pas autant protesté contre la censure de Dieudonné…

Dieudonné est un négationniste actif. Il diffuse la haine. Et pour que le débat d’opinion ait un sens, il faut maintenir une frontière infranchissable entre les faits et les opinions. Dieudonné a fait monter Faurisson sur scène. L’extermination des juifs ne peut pas être une affaire d’opinion. Éric Zemmour réfléchit, raisonne, propose un certain nombre d’hypothèses. On ne peut absolument pas tracer la moindre analogie entre Le Suicide français ou le dernier sketch de Dieudonné, “Feu Foley”, où celui-ci se moque de l’émotion suscitée par la décapitation de l’otage américain et invite ses parents à “se calmer”. Il y a une différence fondamentale, il y a un fossé, il y a un abîme entre les deux choses. Je n’ai jamais, pour ma part, milité en faveur d’une liberté sans limites. Celle-ci règne sur Internet et c’est pourquoi, même si j’y donne parfois des entretiens, je ne fréquente pas la vidéosphère. Car dans une anarchie comme celle-là, où toutes les distinctions sont abolies, aucun débat digne de ce nom ne peut prendre son essor. Je ne débattrai jamais ni avec Dieudonné, ni avec Soral, ni avec aucun négationniste.

Vous avez à l’inverse déclaré : « On ne peut pas m’interdire de débattre avec Zemmour. » Mais certains disent qu’il est encore bien loin d’être réellement censuré…

Oui, mais il y a quand même un mouvement aujourd’hui, une sorte d’allergie montante à l’égard des opinions dissidentes, et il est tout à fait légitime qu’on s’inquiète de voir des journalistes prendre la tête du combat pour la censure, et qu’ils soient relayés par des intellectuels, car il y va de la survie même de la discussion publique en France. Zemmour ne sera pas le seul visé. J’ai été moi-même l’objet d’un certain nombre de pétitions réclamant mon renvoi de France en 2005. Je sais très bien que, derrière Zemmour, il y a d’autres cibles qui ne perdent rien pour attendre.

Boulevard Voltaire lance une pétition, est-ce que vous la signeriez ?

Non, je ne signe pas de pétitions. Je préfère intervenir à la première personne car je peux introduire des nuances, ce que la pétition, en général, ne permet pas.

Alors, à la première personne, auriez-vous quelque chose à ajouter ?

Oui, je voudrais citer Pierre Manent : “Le politiquement correct est la langue artificielle de gens qui tremblent à l’idée de ce qui pourrait arriver s’ils arrêtaient de se mentir.” Il me semble que plus l’ devient un problème, plus on nous explique que c’est une chance, et plus on s’acharne contre ceux qui persistent à voir ce qu’ils voient.

Entretien réalisé par Bertrand Pasquet

PÉTITION DE SOUTIEN À ÉRIC ZEMMOUR

OUI, j’apporte mon soutien à Éric Zemmour

OUI, je condamne les menaces, les attaques et les sanctions qui visent Éric Zemmour et, à travers lui, la liberté d’expression.

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31 décembre 2014

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