Il y a 20 ans, Raymond Devos, génie du rire et des mots, nous quittait

Le 15 juin 2006, Raymond Devos tirait sa dernière révérence.
l'humoriste Raymond Devos présente un sketch, le 08 mai 2000 sur la scène de l'Opéra Comique à Paris, lors de la 14ème édition des Molières au cours de laquelle il a reçu un Molière d'honneur. AFP PHOTO JEAN-PIERRE MULLER  (ELECTRONIC IMAGE) (Photo by JEAN-PIERRE MULLER / AFP)
l'humoriste Raymond Devos présente un sketch, le 08 mai 2000 sur la scène de l'Opéra Comique à Paris, lors de la 14ème édition des Molières au cours de laquelle il a reçu un Molière d'honneur. AFP PHOTO JEAN-PIERRE MULLER (ELECTRONIC IMAGE) (Photo by JEAN-PIERRE MULLER / AFP)

Le 15 juin 2006, Raymond Devos tirait sa dernière révérence. C’était il y a vingt ans. Triste anniversaire. On imagine qu’au paradis, on rigole aussi. On espère pour lui, on espère pour eux. Nul doute qu’il lui a été là-haut fait bon accueil. Pourtant, rien ne prédisposait le défunt à devenir l’un des géants du rire tricolore. Il voit le jour en 1922 à Mouscron, en Belgique, mais sous pavillon français ; il l’a assez répété. Louis, son père fut un riche industriel. Cela n’a pas duré et la famille Devos se retrouve dans la dèche. Ce qui n’empêche pas ses parents de taquiner la muse. Papa joue du piano. Maman du violon et de la mandoline. Il y a même un tonton qui excelle à la clarinette.

Tout seul, comme un grand, le petit Raymond apprend à jouer de la guitare, du piano, de la trompette et même de la scie musicale. Dans le même temps, il exerce en tant que clown durant sa scolarité, à l’Institution du Sacré-Cœur, sise à Tourcoing. Ses professeurs apprécient peu ; ses camarades de classe, si. Pour lui, tout cela est plus que normal : les clowns sont à la fois capables de faire rire tout en jouant de tous les instruments possibles et imaginables. Son père n’est pas, on l’a vu, très doué pour les affaires. Lui l’est encore moins pour l’école. La sienne sera donc celle de la rue, là où il exerce une myriade de petits métiers : libraire, crémier et coursier. Puis vient la guerre. Il est enrôlé de force au STO. Il se souvient : « Lorsque j’ai été déporté du travail en Allemagne, je côtoyais quotidiennement des hommes de nationalités différentes. Avec des rudiments de langue allemande, on tentait de se faire comprendre. Mais il y avait aussi les gestes, une attitude, un regard qui ajoutaient aux efforts relationnels. »

Ces gestes, ces regards seront une autre corde ajoutée à son arc. La fin de la guerre venue, il intègre l’école d’Étienne Decroux, où il fait la connaissance du fameux mime Marceau.

Repéré par Maurice Chevalier…

Parallèlement, il prend des cours de théâtre. Cet homme à tout faire mais qui ne sait rien faire de particulier est décidément infatigable. De 1948 à 1967, on le voit donc dans dix pièces. Il est même l’auteur des deux dernières. Mais sa véritable vocation est ailleurs, dans le jeu des mots. Il jongle avec, tel qu’il le fait sur scène des balles et des ballons. Il invente donc un art à part entière, le comique littéraire, celui qui donne le tournis : « Quand le voisin du dessous voit sa voisine du dessus en train de retirer ses dessous, il s’en retrouve tout sens dessus dessous. »

Le premier à repérer ce talent pas tout à fait comme les autres, c’est Maurice Chevalier, qui lui demande d’assurer sa première partie lors d’une série de concerts donnée à l’Alhambra parisien. Sa carrière est lancée.

La Mer démontée est l’un de ses premiers succès. Tout y est, l’amour des mots et tout l’humour qu’il met à les détourner, de façon impitoyablement logique, même si cette dernière demeure illogique ; quoique… De quoi y perdre son latin tout en découvrant la manière de jouer avec le français.

La télévision fait également beaucoup pour faire passer Raymond Devos à la vitesse supérieure, lequel devient l’un des invités récurrents du Grand Échiquier, la mythique émission animée par Jacques Chancel. Ses prestations entrent dans la légende, dont cette version des Copains d’abord interprétée sur un mode jazzy par Georges Brassens en compagnie de Lino Ventura et des Compagnons de la chanson.

Des sketchs de cette qualité, il y en aura des dizaines de dizaines. Tous remarquablement écrits. Car, plus que d’être un amuseur, Raymond Devos était un authentique écrivain. Les Français l’adorent et ses spectacles font salle comble. Tout cela pour jouer avec les mots et les instruments de musique les plus invraisemblables. De son mariage avec Simone Beguin (il devait l’avoir eu pour elle) étant devenue la femme de sa vie, il n’eut malheureusement pas d’enfant. Et guère plus de descendance artistique, à part Pierre Desproges, peut-être : « En Afrique du Sud, personne n’aime les Noirs, à part Ted ! »

Chapeau bas devant l’artiste !

Aujourd’hui, la Fondation Raymond-Devos entretient la flamme et il est possible de visiter sa demeure de Saint-Rémy-lès-Chevreuse (Yvelines), depuis transformée en musée. Tout y est demeuré intact, de son jardin, de son bureau et de ses instruments de musique, certains ayant été par ses soins usinés.

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Nicolas Gauthier
Journaliste à BV, écrivain

Vos commentaires

30 commentaires

  1.  » La mer est démontée , quand est ce qu’on la remonte ?  » Je suis désolé mais les calambours de ce mec là ne m’ont jamais fait rire .

  2. Inimitable, unique et grandiose Raymond Devos maniait la langue française avec une subtilité inégalée , un véritable génie qui a apporté sa pierre à la culture de la langue française.

  3. « Quand on s’est connus, ma femme et moi, on était tellement timides tous les deux qu’on osait pas se regarder. Maintenant on ne peut plus se voir. » R. Devos

  4. Il m’est arrivé de prêter l’oreille à un sourd. Il n’entendait pas mieux. Raymond Devos

  5. Un génie de la langue française et du second degré !
    Faites écouter Mr Devos à un gamin de 18 ans en 2026, il ne comprendra rien…malgré son bac en poche à côté du smart.

  6. DEVOS

    Un fleuron de l’absurdité (déjà les prémices d’un mode futir devenu actuel ?) : « Le plaisir des sens » dit « Sens interdit ».

  7. Merci pour cet article en hommage au génial Raymond Devos. Impossible de ne pas rire à son humour, ses incroyables jeux de mots, les situations baroques et hilarantes qu’il évoquait, un rire jamais aux dépens de qui que ce soit, ce qu’on ne sait plus faire aujourd’hui, l’ironie voire le sarcasme menant la danse.

    • Nous sommes à l’ère du ricanement entendu de l’entre soit .Lui, au contraire, fut un artiste complet. Un vrai artiste pas un autopromotionné , Il a dû faire ses preuves sur les planches.
      Quel merveilleux moment télévisuel avec Raymond Devos dans un rôle inhabituel de clarinettiste , tapant le boeuf au milieu de ses copains , Brassens , Chancel et Ventura , les compagnons de la chanson.
      Parfois il me donnait le vertige tellement ses jeux de mots s’enchainaient à une cadence infernal.
      Il fallait suivre et l’esprit Devos ne se laissait pas aller à la facilité .
      Tout le contraire de notre époque ,

Commentaires fermés.

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