C’est une manie, semble-t-il, bien française : la réforme parce qu’il faut réformer. Et quand on ne peut pas réformer en profondeur, on réforme en surface parce qu’il faut bien montrer qu’on réforme, que l’on bouge, qu’on est de notre époque, qu’on va de l’avant, et toutes ces sortes de choses.

Telle commune porte de belles armoiries héritées du passé. Elles sont peintes aux quatre coins du plafond de la salle des mariages depuis plus d’un siècle, sont gravées sur les papiers à en-tête de la mairie, ornent les portes de la vieille ville ? Que cela ne tienne, on va faire appel à une agence spécialisée qui, à grands frais, va vous inventer un nouveau logo. L’agence proposera quelques zigouillis aux traits épurés qu’un gamin de trois ans avec un peu de travail aurait pu dessiner. Puis, au mieux, on consultera sur Internet la population qui devra choisir parmi trois ou quatre logos celui qui symbolisera désormais la commune mais, bien sûr, on se gardera bien de lui demander si elle veut garder son vieux blason. Au pire, on décidera dans un entre-soi de cabinet, le maire ayant, évidemment, le dernier mot. Ensuite, on communiquera à grands frais là-dessus - de la communication sur la communication, façon Vache qui rit - en délivrant une bouillie du genre « Notre avenir, ici, c’est demain » ou bien « Demain, ici, c’est notre avenir ». On commandera de nouveaux papiers à en-tête, de nouveaux « totems » pour les entrées de ville et le parking de la salle polyvalente. Tout ça fait marcher le commerce, pas forcément celui de proximité. Les vieux écussons peints sur contreplaqué dans les années 70 par les services techniques de la ville iront rejoindre le grenier avant de terminer à la benne des encombrants. Bref, enfin, il était temps, la commune va faire son entrée dans le XXIe siècle !

Un exemple tout récent de cette manie ? Carpentras, dans le Vaucluse, capitale du Comtat Venaissin. Une municipalité de macronisée qui fait ce qu’elle peut pour lutter contre l’estrèmedrouate (le canton est RN, la moitié de la ville est située sur une circonscription gagnée par le en juin dernier), il est vrai bien aidée par une « droite traditionnelle » qui fait tout son possible depuis des années pour « faire barrage », quitte à disparaître elle-même du paysage. Mais on s’égare... Carpentras, donc, ancienne terre papale (le rattachement à la ne date « que » de 1791), accueille une foire dont l’origine remonte à bientôt cinq siècles : la foire de la Saint-Siffrein, du nom d’un évêque du VIe siècle. En 1525, le pape Grégoire XIII autorise par une bulle l’exposition d’une relique : le Saint Mors qui, selon la tradition, aurait été forgé avec des clous de la Passion du Christ. L’exposition de cette relique donne alors lieu à la naissance d’une foire attirant une foule nombreuse venant de toute la région, fin novembre, durant plusieurs jours. Une tradition qui a perduré jusqu’à aujourd’hui. En 2025, on fêtera donc le demi-millénaire de cette foire, ce qui n'est pas rien.

Mais voici que, ces jours-ci, on a appris que le nom de cette foire allait changer. De « foire de la Saint-Siffrein », on passe à « Ventoux Provence Expo » : VPE. Arguments déroulés par le maire de Carpentras dans La Provence : « Quiconque fréquente la foire depuis vingt ans voit qu’il y a de moins en moins de monde… Si nous ne voulons pas voir mourir cette foire, il faut nous adapter. » C’est vrai que VPE, ça fait tout de suite plus envie ! La confrérie de la Truffe, qui n’a rien d’une annexe de la sacristie, s’insurge : « Changement du nom historique de la foire Saint-Siffrein, vieille de presque 500 ans ! La confrérie ne fait pas de mais nous sommes particulièrement indignés. Là, c’est de la déconstruction de notre terroir et patrimoine… »

On dit que déconstruit la France. L’œuvre est vaste et à hauteur du grand homme. Heureusement, il trouve « dans nos territoires » des tâcherons locaux pour l'aider.

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25 septembre 2022

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33 commentaires

  1. Vous avez parfaitement raison de dénoncer cette affaire significative. Mais, hélas, elle n’est qu’une bluette en comparaison du scandale des « antifas » de Rennes, très courageusement dénoncé par madame Cluzel sans suffisamment émouvoir les bonnes consciences. La complicité passive des autorités locales concernées n’y est pas contestable. A bon entendeur, salut !

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