Il passe, impavide, les troupes en revue, se penche en fin tacticien sur la carte d’état-major — il est vrai qu’il a fait Solférino —, scrute, martial, à travers la paire de jumelles, l’horizon, lui qui n’a pas vu plus loin que le bout de son nez pendant cinq ans. fait la guerre. Il n’ose pas trop nommer l’ennemi, mais il fait la guerre quand même. Un « lien indéfectible » s’est tissé entre lui et les Français, nous a-t-il révélé le 31 décembre lors de ses vœux. Alors, il lui reste à peine cinq mois pour tisser sa petite tapisserie de Bayeux qui nous narrera la geste de François le Guerroyeur. Ce voyage éclair en Irak, lundi 2 janvier, n’avait pas d’autre but que cela.

Évidemment, le chef des armées venait rendre visite à nos troupes déployées là-bas dans le cadre de l’opération Chammal. C’est chose normale. C’est même la moindre des choses. Sa petite personne ne compte pas. C’est la France qui vient saluer ses soldats.

Mais cette belle image d’Épinal vient aussi à point nommé pour cacher une bien plus triste réalité : l’échec de la politique de François Hollande en Syrie. Un échec sur toute la ligne et qui s’est manifesté en creux la semaine dernière, à l’occasion de la signature du cessez-le-feu entre Assad et sept factions rebelles. Un cessez-le-feu signé sous l’égide de la , de la Turquie et de l’Iran. Les grands absents : les États-Unis, l’Europe — n’en parlons même pas ! — et, évidemment, la France. La France dont les avions sillonnent pourtant le ciel syrien depuis le 8 septembre 2015.

La France est donc hors jeu en Syrie, mais François Hollande veut faire oublier cela aux Français à grand “coût” de communication. Le roi est nu mais, malgré les rigueurs de l’hiver, il poursuit ses déambulations impudiques. Samedi soir, François Hollande jouait au matamore lors de ses vœux en provoquant la Russie de Poutine et l’Amérique de Trump, ayant sans doute oublié depuis longtemps que son cher Obama l’avait lâché en rase campagne en août 2013 lorsqu’il voulait, avec son calamiteux ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, s’en aller faire la guerre contre Assad.

Pour les Français, le Moyen-Orient reste cet Orient compliqué, selon la formule désormais éculée du général de Gaulle. L’Irak, la Syrie, l’Iran : bien confus, tout ça ! Comment, du reste, leur en vouloir, aux Français : souvenons-nous en 2007, Nicolas Sarkozy lui-même fut incapable de faire le distinguo entre chiites et sunnites au micro de Bourdin ! Sans vouloir sous-estimer les connaissances géopolitiques des Français, réputés mauvais en géographie, il est fort à parier que François Hollande a voulu profiter de ce voyage en Irak — qui devait sans doute être programmé avant la signature du cessez-le-feu syrien ; on l’espère, en tout cas — pour faire oublier qu’il s’est complètement fourvoyé dans ce qu’il est convenu d’appeler le dossier syrien. Faire croire que : une manie, chez cet homme.

Je disais, au début de ce billet, que le voyage de François Hollande en Irak n’avait pas d’autre but que celui d’enluminer son mémento. C’est faux. François Hollande est venu apporter 33 tonnes de matériel humanitaire. C’est bien, « c’est généreux, la France », disait de Gaulle. « C’est grand », disait-il aussi… Le monde se partage entre ceux qui jouent du piano et ceux qui les portent.

3 janvier 2017

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