a émis le souhait d’introduire une dose de proportionnelle dans les élections législatives. Une modification de scrutin à l’avantage de qui ?

Réaction de Guillaume Bernard au micro de Boulevard Voltaire.

 

Emmanuel Macron veut lancer la proportionnelle dans les élections législatives. Est-ce une bonne idée que d’introduire un peu de proportionnelle dans ces élections ?

Le mot important dans votre formule c’est « un peu de proportionnelle ». Si c’était de la proportionnelle intégrale avec la possibilité par exemple de rayer des noms, de changer l’ordre des noms sur les listes ou de panacher des listes, ce serait véritablement un moyen de favoriser la meilleure représentation des courants politiques et de donner aux électeurs une vraie liberté de choix. Mais là, il semble qu’il ne va introduire qu’une dose de proportionnelle. Il va maintenir le scrutin majoritaire pour un très grand nombre de députés, et offrir la possibilité pour quelques partis politiques d’avoir des élus en plus ou avoir des élus qu’ils n’auraient pas à la majoritaire grâce à la proportionnelle. Il fait coup double. Il maintient la possibilité d’avoir une majorité et en outre, il achète d’une certaine manière, la neutralité ou la sympathie de certains partis qui auront des élus.Très sincèrement, une proportionnelle intégrale, pourquoi pas ! Mais une dose de proportionnelle me paraît être une mauvaise idée.

Il faut savoir que les proportionnelles interviennent dans un contexte où les partis politiques sont en perte de vitesse totale. Je crois qu’on ne trahit aucun secret en disant que les partis politiques n’ont plus de militants ou on en tout cas extrêmement peu… N’est-il pas trop tard de vouloir accentuer la représentativité démocratique en passant par les partis qui de toute évidence ne représentent plus la majorité des Français ?

Exactement. On accuse la proportionnelle de certains maux. Par exemple, provoquer l’instabilité gouvernementale. C’est un faux argument. Historiquement sous la IIIe République il y avait la même instabilité pour la majoritaire que pour la proportionnelle. On peut empêcher l’instabilité gouvernementale par le mécanisme de la déchéance constructive qui empêche une majorité contre de renverser un gouvernement si cette majorité n’est pas capable d’en élire un autre.
La proportionnelle est un système possible que je ne soutiens pas, mais qui est parfaitement possible. Les arguments contre elle ne sont pas recevables. En revanche, ce que vous dites est essentiel. Avec la proportionnelle, on va donner un quasi-monopole aux partis politiques de désigner les candidats. Or, il y a une très forte abstention. Vous l’avez dit, il n’y a quasiment pas de militants, hormis les collaborateurs d’élus dans les partis politiques. Ce monopole donné aux partis politiques de désigner des candidats, alors que dans une circonscription au scrutin majoritaire, il peut y avoir des candidats indépendants sans étiquette partisane, est évidemment une solution. Cette dernière va renforcer le système, ne va pas favoriser la recomposition du spectre politique et ne va pas favoriser le renouvellement de l’ffre politique. Je crois que Macron est dans une stratégie d’emprise. Il veut trouver la meilleure des solutions pour se maintenir au pouvoir et empêcher la droite de se recomposer pour essayer de l’évincer de la présidentielle.

Pour synthétiser, on est vraiment dans un jacobinisme ultra. Les sièges parisiens désigneront les candidats. On peut donc supposer que ce sera l’entourage de Marine Le Pen ou l’entourage de Stanilas Guerini qui sera élu principalement, au détriment des enracinés locaux…

C’est exactement cela. C’est la principale raison pour laquelle je ne suis pas favorable à la proportionnelle. Je suis favorable au scrutin majoritaire uninominal à un tour qui oblige à la recomposition et qui permet véritablement de se définir en fonction d’une proximité doctrinale et programmatique et non uniquement en fonction des intérêts de boutique des différents partis. La proportionnelle favorise le jacobinisme.

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