Il y a dix ans, le 17 août 201,1 mourait Gualterio Jacopetti, dans sa maison de Rome. Il avait 92 ans ! Reporter de choc, il a scandalisé l’ bien-pensante des années 1970 avec ses documentaires brutaux et sans concession idéologique à quelque parti que ce soit : films « mondo » ou « shockumentaries », dit-on. Cynique ? Le choc de l’image vive d’abord.

Né en 1919 à Barga, dans les collines de Toscane, séduit un temps par le fascisme, il fut officier de liaison pendant la Seconde Guerre mondiale, avant de collaborer avec le contre-espionnage américain. Propagandiste des chrétiens-démocrates à la fin de la guerre, il contribuera, par ses actions, à leur victoire sur le bloc socialo-communiste lors des de 1948. Un engagement antimarxiste assumé. Et jamais pardonné par l’intelligentsia italienne du bien-penser de la post-guerre.

Pour sa réhabilitation posthume, Gordiano Lupi a pu écrire, dans La Stampa, que « Jacopetti a vécu avec le poids de la réputation injuste d’être un fasciste et un raciste ». Sur la foi de ses accusateurs marxistes ou affiliés, prompts à dresser de nouveaux bûchers de damnation mémorielle, bien sûr. Mais il était, selon lui, un vrai libéral, journaliste libre, totalement, sans œillères idéologiques, nourri seulement de la réalité abrupte du terrain et de ses propres expériences.

Avec son « complice » Franco Prosperi, Gualterio Jacopetti est l’auteur des documentaires fondamentaux que sont Mondo cane (1962) et Africa addio (1966) : images hallucinées en Technicolor™ de violences claniques, d’instincts meurtriers libérés, d’atrocités génocidaires. Mais dont on devinera peut-être les raisons, dans des regards ou dans des attitudes. Cinéma coup de poing, uppercut en couleur, voile rouge à couper le souffle…

Il faut, d’urgence, revoir Africa addio. Dans ses versions française ou italienne qui ne sont pas tronquées, sous la partition poétique, en contraste des images folles, de Riz Ortolani.

Fin d’un monde : à courre féodale du dernier maître anglais, propriétés coloniales éventrées, sépultures blanches violées, exil des derniers Boers ! Plus loin, foules en liesse, regards exorbités, danses tribales et corps mêlés, harangues envoûtantes des apprentis sorciers. Nouvel enfer : éléphants aveuglés, divagant de terreur, lardés de coups, hippopotames fusillés, noyés, éventrés, marigots rouges. Le chaos pour finir : révolutions obscènes, Watutsis pourchassés au Rwanda, Arabes massacrés dans l’étouffoir de Zanzibar, Congo : là-bas, frères d’armes noirs et blancs, mercenaires et paras belges, ont repris Stanleyville ; les cadavres pourrissent, sous la pluie, au soleil ; sur les murs du QG, on peut lire « Alamo »… Vive la mort !

Que comprendre ? Simple récit amoral et choquant des effets tragiques d’un fiasco colonial ?

Non. Par la brutalité visuelle des faits, Gualterio Jacopetti a voulu dessiller les paupières d’Occident, sur certaine évidence : celle d’une involution terrible et prévisible de l’Afrique, d’un échec de transmission du pouvoir aux culpabilités multiples, celle d’un retour au chaos, par substitution d’un désordre injuste et subi des tyrannies ethniques à l’ancien ordre européen égoïste. Et dans le chaos – déduction logique, et non cynisme –, le plus fort ou le plus violent l’emportera. L’histoire des dominations n’est que rapport de force. Qui se perpétueront.

Africa addio. Et voici la dernière image : une colonie de pingouins titube sous les vagues du Cap. Une déferlante, un jour, viendra-t-elle les emporter ? Ce message nous concerne.

17 août 2021

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