Cette pandémie est un événement majeur comme il ne s’en produit que trois ou quatre par siècle, avec les guerres et les révolutions. Parmi les incidences durables ou même définitives qui vont en découler, on entrevoit, certes (sans ordre), la remise en cause de notre système de santé, de la mondialisation, de notre politique industrielle et de l’orientation de l’Europe bruxelloise.

Nous aurons sans nul doute désormais à réfléchir, longtemps, sur ce modèle économique qui nous a été imposé, qui abandonne aux seules entreprises, au nom d’un prétendu libéralisme, la stratégie de délocalisations au nom d’un profit égoïste et à court terme. On peut craindre que les fleuves annoncés de monnaie, qui seront déversés par la BCE et les États, ne masquent – dans l’urgence qui sera de relancer une économie mise à terre par le confinement – la perversion du mondialisme et du financiarisme. L’impact du virus sera ainsi, à grand-peine, atténué, mais l’immoralité et la consomption continues de notre système économique subsisteront. La future lame de fond inévitable des gilets jaunes sera, cette fois-ci, d’une puissance imparable. En effet, l’épidémie et la peur irrationnelle qu’elle a suscitée auront non seulement dévasté le tissu économique national déjà bien délabré, mais aussi démontré que la mondialisation conjuguée avec les critères bruxellois de gestion budgétaire sont directement coupables du cruel dénuement de notre système préventif de santé. Les règlements de comptes sur le cas des masques, des tests et des respirateurs se feront plus tard : on n’imagine pas qu’il n’y ait pas un lourd prix judiciaire et/ou politique à payer pour les politiciens d’une incompétence crasse qui portent cette responsabilité.

Mais la crise révèle aussi, dès maintenant – et très crûment –, que la pyramide des statuts et des rémunérations professionnels est très injuste eu égard à l’utilité sociale comparée des métiers. En effet, il ne suffit pas d’applaudir tous les soirs, à 20 h, les corps de santé. Qui peut imaginer que, dès la fin du confinement, les hospitaliers reprendront benoîtement le travail alors qu’ils étaient déjà dans des grèves et des manifestations depuis des mois, sinon des années ? Plus généralement, la nation devra effectuer un grand débat transparent – ce qu’elle n’a jamais fait dans son histoire – sur l’utilité sociale, la dangerosité-pénibilité, la qualification, la responsabilité, le statut et la rémunération des métiers qui assurent le fonctionnement et la pérennité harmonieuse de la société. Cinq catégories de professions se discernent selon leur utilité : vitale, indispensable, utile, futile, inutile ou nuisible, et ces catégories se combinent avec les caractéristiques envisagées ci-dessus de : dangerosité, pénibilité, qualification, responsabilité.

Essayons d’amorcer ce débat national incontournable : des métiers vitaux au corps social, souvent dangereux ou pénibles, comme l’armée, la police, les pompiers, les agriculteurs, les routiers, sont-ils rémunérés en conséquence ? Et le personnel hospitalier, les professions de santé ? Parmi les métiers indispensables, les enseignants, les chercheurs, les avocats, certes moins exposés mais souvent très qualifiés et porteurs d’avenir, sont-ils bien rémunérés ? Non, si l’on se réfère à leurs mouvements de protestation et de grève. Ou simplement si l’on compare leurs statut social avec celui dont ils bénéficient dans les pays voisins de la France. Où la transmission du savoir, la recherche, l’État de droit sont compris comme des missions essentielles. Quant aux journalistes, si leur mission est essentielle pour la démocratie, le problème n’est pas tant celui de leur statut – assez bon – mais dans celui de leur indépendance et, donc, de leur impartialité, car la vérité est primordiale, en République. Il en va de même pour les juges et les politiciens. On laissera le lecteur réfléchir aux métiers simplement utiles ou encore futiles, inutiles quoique parfois bien ou trop bien payés. Nous conclurons en nous concentrant sur les professions indécemment rémunérées, sans qualification ni responsabilité sociale particulières… mais terriblement nuisibles à la société : je vise les spéculateurs mondialistes, notamment ceux qui manipulent les cours des devises ou des marchandises ou qui fabriquent de la fausse monnaie scripturale ou exploitent la pauvreté.

Lorsque la grande majorité d’une population, vitale ou indispensable, utile et laborieuse, parfois exposée, ne parvient plus à vivre dignement de son travail, à élever une famille, et qu’elle découvre qu’une petite caste, immorale et oisive, voire perverse, s’octroie des rémunérations indécentes, plus rien ne peut empêcher une révolution. Ni la violence.

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