Ces temps nous déconcertent ! Alors que l’on se gausse sur les antennes, jusqu’au ministre de la Culture, pour savoir si le fils de Michel Leeb doit pousser sa chansonnette en anglais pour le concours de l’Eurovision, c’est à peine si ces mêmes antennes ont rendu hommage à Graeme Allwright, ou même annoncé sa disparition, le 16 février dernier, lui qui avait fait exactement l’inverse du jeune Tom Leeb en adaptant en français de nombreuses chansons d’artistes folk de langue anglaise.

Néo-Zélandais établi en France, il fera le « passeur » entre l’anglais et le français, traduisant dans la langue de Molière certains des plus grands folk singers qu’il fera connaître au public francophone, dans les années 70. Certaines des chansons de son répertoire sont devenues de véritables hymnes d’une génération telle que « Jolie Bouteille », « Petites boîtes » (de Malvina Reynolds), « Jusqu’à la ceinture » (Pete Seeger), « Johnny » (texte original) et surtout « Le Jour de clarté » (Peter, Paul & Mary), son plus grand succès. Qui n’aura fredonné, autour des feux de camp des années 68, le répertoire dans l’air du temps de Graeme (« …on avait de la flotte jusqu’au cou et le vieux con nous dit d’avancer ») qui rivalisait alors, chez cet humaniste hors normes, avec celui de Hugues Aufray, plus Far West. « Les hommes sont tous pareils. Ils ont tous le même soleil. Il faut, mes frères, préparer Le jour de clarté. »

Rebelle utopiste, mais à cent lieues des bobos de Saint-Germain-des-Prés, Graeme Allwright avait imaginé aussi de nouvelles paroles pour la « Marseillaise » : « Pour tous les enfants de la terre/Chantons amour et liberté./Contre toutes les haines et les guerres/L’étendard d’espoir est levé/L’étendard de justice et de paix./Rassemblons nos forces, notre courage/Pour vaincre la misère et la peur/Que règnent au fond de nos cœurs/L’amitié, la joie et le partage./La flamme qui nous éclaire/Traverse les frontières/Partons, partons, amis, solidaires/Marchons vers la lumière. » Pas eu le temps d’en faire de même pour « L’Internationale », mais il y avait songé, me confia-t-il, un soir de concert sur les rives du Rhin.

Mais Graeme Allwright restera, pour le grand public, avant tout, comme le traducteur et interprète de Leonard Cohen, dont il adapte de grandes chansons – « L’Étranger », « Suzanne » – de sa voix douce et moins rauque, alliant mysticisme et sensualité. Il rêvait d’un monde plus « vivable » et sa chanson de l’adieu, sur un poème de Luis Porquet, en indique les couleurs et les espoirs : « Adieu amis, courage. On peut vaincre l’orage. Et terrasser la peur. La forteresse tremble. Et les vents se rassemblent. Sur les derniers rameurs. Sous le poids des souffrances. Se lève l’espérance. Et l’arbre de douceur. »

22 février 2020

Partager

À lire aussi

Avec les écolos, les rats sont choyés !

Ces « charmantes » bestioles se sont invitées, lundi dernier, à la séance du conseil munic…