Gilets jaunes, recours à Sentinelle : un militaire nous parle

À la veille de l’acte XIX des gilets jaunes qui verra, pour la première fois, depuis le début du mouvement, le recours aux militaires de la mission Sentinelle, nous avons interrogé un jeune officier d’active de l’armée de terre.

Que pensez-vous de la décision d’utiliser Sentinelle dans la gestion de manifestation ?

La question revient à se demander quel type de force l’on souhaite opposer à une menace précise – ici, des manifestants composés de groupuscules ultra-violents. Jusque-là, on opposait à cette violence les forces de sécurité spécialisées dans le maintien de l’ordre, qui disposent de l’usage de la force non létale.

Faire appel à des unités de Sentinelle signifie que l’on ait recours à des unités presque exclusivement entraînées à l’usage de la force létale.

Avez-vous été, d’une manière ou d’une autre, formé au maintien de l’ordre ?

Certaines unités de l’armée sont entraînées à des opérations de maintien de l’ordre. Cependant, elles ne maîtrisent pas les techniques de maintien de l’ordre comme peuvent les maîtriser les unités spécialisées qui, elles, s’y entraînent quotidiennement.

Chaque militaire déployé sur l’opération Sentinelle est formé à des techniques d’intervention visant à immobiliser, voire interpeller un individu. Cependant, les militaires ne sont pas formés à utiliser de telles techniques en face d’une foule, et dans un contexte où l’environnement est anarchique. Ces techniques ne peuvent s’appliquer efficacement que face à une situation de crise réduite.

Que traduit, selon vous, cette décision de l’État ?

Cela traduit certainement, de la part de l’État, une volonté d’intimider les manifestants et de les dissuader de se rendre dans certaines zones. Si cela pourrait s’avérer efficace face un certain type de population venant manifester pacifiquement, il est peu probable que cela soit efficace pour dissuader les groupes de casseurs type Black Blocs, qui ne sont pas dupes d’un tel message.

Un aspect positif pourrait être souligné : le déploiement de militaires sur des sites éloignés des manifestations et jusque-là tenus par des unités spécialisées dans le maintien de l’ordre permettrait de rendre disponibles ces unités sur le terrain.

Comment cette nouvelle a-t-elle été accueillie dans votre régiment ?

Globalement, la nouvelle n’est pas favorablement accueillie dans la mesure où chaque soldat, quelle que soit sa place dans la pyramide hiérarchique, est conscient que ce type d’intervention ne rentre pas dans son domaine de compétence. Les militaires, compte tenu du caractère hors du commun de leur métier, sont très vite responsabilisés sur les moyens dont ils disposent pour l’exercer et sont conscients de leur capacité à remplir la mission qu’on leur donne.

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