Voilà encore une de cornegidouilles dont la justice de notre pays – en laquelle nous avons toute confiance, pour reprendre l’expression consacrée – semble détenir le navrant secret.

Quels sont les faits ? Où se niche le crime ? Le psychodrame, qui remonte à décembre 2015, mérite qu’on en déroule le fil. Nous sommes sur RMC et ses “Grandes Gueules”. Jean-Jacques Bourdin, qui offre à peu près autant de temps de cerveau disponible à ses annonceurs qu’un sur D8, invite l’avocat et député lepéniste Gilbert Collard. Et, dans une de ses saillies pataphysiques dont il est coutumier, l’amuseur entreprend un parallèle entre État islamique et Front national des plus embrumés.

Il fallait l’oser, mais à cœur intrépide et cervelle vide rien d’impossible. Assez logiquement, Gilbert Collard et tweetent en retour les photos de cadavres martyrisés par le mouvement en question ; le tout assorti de ce commentaire : “Bourdin compare le FN à Daech : le poids des mots et le choc des bobos !” Étant donné l’ambiance assez vomitive du monde médiatique, on dira que ce fut un prêté pour un rendu.

Dans une société normalement constituée, l’incident en serait resté là. Mais c’est sans compter sur une Justice qui, si elle veut, peut – nonobstant des tribunaux notoirement encombrés. Ainsi, quelques jours plus tard, une enquête préliminaire est ouverte à l’encontre des deux tweeters, sachant que “diffuser un message à caractère violent, incitant au , pornographique ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine” peut en coûter trois ans de placard et 75.000 euros de douloureuse. L’auteur de ces lignes tient à préciser que, malgré de trompeuses apparences, cette décision n’est pas tombée un 1er avril.

Gilbert Collard, qui doit lui aussi peut-être croire à un canular, ne se rend pas aux convocations de la Justice. Il a sûrement mieux à faire et Jean-Jacques Bourdin aussi. Inconscients qu’ils sont… En , on peut badiner avec l’amour – quoique de moins en moins… –, mais pas avec la justice républicaine dont le glaive ou le coupe-ongles n’en finissent plus de planer sur la tête du justiciable potentiel.

Et c’est dans une bonne humeur probablement communicative que le bureau de l’Assemblée nationale se réunit en catimini ce 26 septembre dernier. Notons que le mail comminatoire envoyé aux vingt-deux parlementaires siégeant en ce cénacle ne l’est que la veille, à 10 h 44, pour réunion le lendemain à 9 h 30 et consultation du dossier Collard, avant délibération une demi-heure plus tard. À croire qu’il puisse y avoir urgence et urgence. C’est selon, comme affirmeraient ces fins limiers que sont les Dupond(t)…

Là, touchante unanimité humaniste pour charger le mulet et le Collard… sauf une voix manquant à l’appel ! Qui est le trublion, qu’on le jette aux lions ? Pas de vase, c’est une trublionne, . On attendait Grouchy, on eut Groucho. Groucho Marx, évidemment, l’Antigone du jour étant, selon les jours pairs et les années bissextiles, communiste, féministe, écologiste, mélenchoniste, insoumiste et généralement assez chiantiste. Mais là, pas.

Explications recueillies par nos confrères de Libération : “Le bureau de l’Assemblée nationale n’a pas à statuer sur le fond de l’affaire incriminée. S’il fallait simplement exprimer une condamnation de l’attitude de Gilbert Collard, nous l’aurions fait. […] Mais l’objet du vote du bureau avait trait à un enjeu de principes touchant à des fondamentaux de notre fonctionnement démocratique.” Ce qui signifie qu’il s’agissait, là, d’un procès de basse politicienne. Et qu’en la matière, il ne servait à rien d’en remontrer à la donzelle.

Il aura donc fallu qu’une éternelle jeune fille énervée soit assez bravache pour convoquer le bon sens le plus élémentaire en cette assemblée, pourtant censée voter les lois, mais depuis longtemps devenue simple chambre d’enregistrement tirée à hue et à dia par les groupes de pression les plus divers et pas toujours des plus démocratiques.

C’est assez piquant ; et Clémentine un fort joli prénom.

28 septembre 2017

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