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Document - Editoriaux - Politique - Société - Sport - Tribune - 8 décembre 2017

François Ruffin, ou l’art de confondre politique et grandguignol…

On connaît tous, dans la vie, des gens qui ont l’art de se saborder. est de ceux-là : des choses à dire mais un tel amour de soi qu’il en devient inaudible.

Comment le définir ? Activiste trublion peut-être, super metteur en scène de sa petite personne, opportuniste politique, grosse tête à poil ras, “nuit-deboutiste” et pourfendeur de grand patron… Tout cela à la fois. Et puis l’on ajoutera : super guignol à l’Assemblée.

Ruffin s’est fait connaître dans sa ville d’Amiens en lançant son journal Fakir, le “journal fâché avec tout le monde”. C’est un positionnement qui en vaut bien un autre, finalement assez commode sur le plan stratégique. Ruffin fait ses classes sur le tas, puis intègre le CFJ (Centre de formation des journalistes), qu’il critiquera vertement une fois son diplôme en poche. “Fâché avec tout le monde”… c’est lui qui le dit. Et fâché avec le grand patronat : c’est son documentaire Merci patron, violente critique à charge contre Bernard Arnault, qui le propulse sur le devant de la scène au printemps 2016. Si bien que quelques semaines plus tard, les “amis” militants l’accuseront d’avoir utilisé la tribune médiatique des Nuit debout (place de la République, à Paris) pour faire la promo de son film. Deux mois après, la profession estimait en effet ses recettes autour d’un million d’euros, ce qui a sans doute permis à ce nouveau “capitaliste” de lancer il y a tout juste un an sa chaîne YouTube.

Puis vint le Président Macron et, dans la foulée, les législatives. Ruffin s’y présente, soutenu par Mélenchon, le PCF, EELV et Clémentine Autain. Il lance Picardie debout avec ce slogan de campagne : “Ils ont l’argent, on a les gens.”

Élu dans la première circonscription de la Somme, le député Ruffin rejoint le groupe de La France insoumise… et commence alors le guignol sur les bancs de l’Assemblée entre coups de gueule, rébellion vestimentaire et même manquement au code de déontologie (il tourne une pub pour Fakir depuis son bureau de l’Assemblée). “Fâché avec tout le monde”… et surtout avec le règlement de la grande maison. Depuis qu’ils siègent, les Insoumis refusent ainsi la cravate, symbole, tout comme les complets sur lesquels on la porte, d’une bourgeoisie honnie. Et voilà pourquoi Mélenchon fit campagne en uniforme de garde-chasse…

Mais tout passe et tout lasse… Difficile de se faire éternellement remarquer. Il faut, chaque fois, en remettre une couche, pousser plus loin le bouchon. Alors, jeudi 7 décembre, pendant que la France pleurait son Johnny, Ruffin est monté à la tribune de l’Assemblée en maillot de foot. Sous le pull qu’il a retiré devant les camarades, le maillot vert de l’Olympique Eaucourt, club de la commune d’Eaucourt-sur-Somme.

Résultat : rappel au règlement et réprimande du président de séance Hugues Renson qui a souligné “le respect dû à nos débats qui implique une tenue correcte qui soit digne des lieux”, concluant par cette évidence : “Vos extravagances vestimentaires ne rendent pas hommage au travail que nous devons mener dans cet hémicycle.”

J’irai plus loin : c’est même contre-productif pour Ruffin lui-même dont ce qu’il a à dire, particulièrement sur les dérives du foot, mérite l’intérêt. Comme il l’avait fait déjà dans un petit livre intitulé Comment ils nous ont volé le football, dénonçant les rouages politico-économiques qui pervertissent ce sport, il voulait, ce jeudi, défendre une proposition de loi UDI-Agir visant à taxer les gros transferts pour financer le sport amateur. Autrement dit, récompenser ces bénévoles “qui lavent, plient et rangent les maillots pour pas un rond”, exemples du “don de soi dans une société où tout se marchande”.

Une belle idée, éclipsée néanmoins par cette ultime provocation guignolesque qui vaut à François Ruffin une sanction financière : la retenue, pour un mois, d’un quart de son indemnité parlementaire, soit 1.378 euros. C’est lui qui fait la une, pas les petites mains des stades…

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