Audio - Editoriaux - Entretiens - Justice - Sport - Table - 22 février 2018

“La France des petites villes et des villes moyennes est aussi la vraie France”

Député de la 6e circonscription de l’Hérault, Emmanuelle Ménard a adressé une lettre au ministre des Transports pour dénoncer le projet de fermer des lignes secondaires.

Le rapport Spinetta, explique-t-elle, suit “toujours la même logique : donner la priorité aux grandes métropoles au détriment des petites villes et des villes moyennes”.

Emmanuelle Menard, vous avez écrit au ministre des Transports pour lui faire savoir que vous souscrivie, certes, à la volonté de remettre la SCNF sur de bons rails économiques, mais que vous critiquiez la volonté de fermer des lignes secondaires. Pourquoi cette position ?

Nous assistons toujours à la même logique depuis l’élection d’Emmanuel Macron.
La priorité est toujours donnée aux métropoles, aux grandes villes et à ceux qui se portent déjà économiquement bien. Les autres, les petits territoires, les petites villes, les villes moyennes sont délaissés.
Avec le rapport Spinetta, nous allons malheureusement une nouvelle fois assister à l’illustration de ce principe. La priorité à la France qui va bien. Celle qui va un peu moins bien et où c’est un peu plus compliqué, on la laisse de côté.
Je regrette cette logique systématique.

Cela revient à isoler encore un peu plus la France périphérique.

Cela l’isole effectivement encore plus. Si ce n’était qu’un cas isolé, avec uniquement les transports, on pourrait simplement reconnaître que la SNCF ne va pas bien et qu’il faut prendre le taureau par les cornes. Il faut imposer des réformes car, sinon, elles ne passent pas. Sur ce point, je crois que le gouvernement a raison. Il y a un tel corporatisme en France que si on n’impose pas, on ne fera rien. Et il faut quand même pouvoir changer les choses.
Ce n’est, cependant, pas un cas isolé. On s’attaque avec la même logique aux tribunaux, par exemple, avec la réforme de la carte judiciaire. Je sais bien que le garde des Sceaux a dit qu’elle ne fermerait aucun tribunal. À Béziers, nous sommes concernés. Le TGI risquait de fermer, car il ne faudrait qu’un seul TGI par département. Le nôtre étant le plus petit, il aurait dû fermer. Elle garantit qu’il n’y aura pas de fermeture de tribunaux, mais on en fait des prétendus tribunaux de proximité. Cela revient à les vider de leur substance, puisque toutes les affaires importantes ne seront plus jugées dans ces tribunaux-là. Ils deviendront des tribunaux de seconde zone. Et les justiciables, pour obtenir une décision de justice, avoir gain de cause, passer devant le juge en matière familiale, de commerce, de prud’hommes, etc., seront obligés de faire des kilomètres en plus pour aller à la grande ville du secteur. En l’occurrence, dans l’Hérault, ce sera Montpellier. Mais attention, les Montpelliérains ne sont pas dupes. La dernière fois que nous avons fait un rassemblement devant le TGI de Béziers, le maire de Montpellier, Philippe Saurel, est venu manifester avec nous. Il sait très bien qu’il risque à terme de se passer la même chose pour les tribunaux de Montpellier au profit de Toulouse.
C’est toujours moins pour les petites villes. Mais attention, on est toujours plus petit qu’un autre. C’est toujours moins pour les petites villes et les villes moyennes, au profit des grandes métropoles.

Finalement, on ne va plus avoir de services publics que dans quelques grandes villes.

Demain, il n’y aura plus que Paris, et quelques grandes villes comme Lyon, Marseille, etc.
Les autres seront priés de se débrouiller comme ils peuvent. En l’occurrence, c’était l’objet de ma lettre à madame Borne, le ministre des Transports. Nous avons l’impression que nous sommes toujours la cinquième roue du carrosse dans cette France de villes moyennes. Il ne faut pas oublier qu’elle héberge un Français sur deux. Un Français sur deux ne vit pas dans les grandes métropoles. Il n’y a donc aucune raison qu’on ne s’intéresse pas à eux et qu’on ne se préoccupe pas de ces Français-là. Nous voulons défendre cette France-là. C’est aussi la vraie France, elle n’est pas moins vraie que l’autre.
En l’occurrence, avec le ministre des Transports, on a l’impression de prendre la double peine. Non seulement on ne veut pas nous donner la ligne de TGV entre Montpellier et Perpignan. C’est déjà un comble de la part d’un gouvernement européen convaincu. Il manque un tronçon de 150 km pour relier l’Europe du Nord et l’Europe du Sud avec l’Espagne. Mais on ne va pas le faire, parce que ça coûte trop cher, ou on le fera aux calendes grecques. Et, en plus, on risque de nous fermer aussi les “petites lignes”, comme ils disent. Je veux parler, par exemple, de la ligne entre Béziers et Clermont-Ferrand. À leur sens, elle n’est clairement pas rentable et coûte trop cher en entretien.
Aujourd’hui, la ligne ferroviaire. Demain, ce sera le TGI. Et après demain, qu’est-ce que ce sera ?

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